Tag Archives: Barbara Sukowa

Critique : Hannah Arendt, de Margarethe Von Trotta

Avec son esthétique fanée et ses décors monotones qui semblent tout droit sortis d’un épisode de Derrick, Hannah Arendt n’est pas un film instantanément séduisant. Et pourtant, dès les premières scènes nous plongeant dans l’univers de cette femme seule dans son appartement new-yorkais, un sentiment de profondeur nous envahit. A la voir allongée sur son canapé avec son éternelle cigarette entre les doigts, on perçoit déjà toute la complexité du personnage.

Malgré son titre éponyme, le long métrage de la cinéaste allemande Margarethe Von Trotta n’entend pas résumer la vie entière de la célèbre philosophe politique. Le film s’intéresse à un épisode particulier de son existence, celui où elle a élaboré sa théorie sur la banalité du mal. Des écrits qui lui ont valu à l’époque de vives critiques et même des menaces de mort.

Pourtant, avec le recul, cette volonté de non diabolisation d’hommes ayant commis les pires atrocités sonne comme une évidence. Derrière la banalité, la médiocrité ou même l’ignorance de chaque individu se cache justement l’origine du mal. La barrière est tenue entre les notions de devoir et de justice. Et c’est en se répétant sans cesse ce message que l’humanité pourra éviter plus facilement de reproduire les mêmes erreurs. Il faut se méfier des êtres les plus anodins en apparence, car se sont eux qui se transforment en monstres.

Margarethe Von Trotta filme avec justesse toute la détermination et le courage de cette femme sans jamais l’ériger en héroïne ou en martyre. Elle la met face à ses propres contradictions, laissant le spectateur se faire sa propre opinion.

Pour retracer le procès du nazi Adolf Eichmann, la réalisatrice s’impose une vraie sobriété. En mélangeant reconstitution fictive et les images d’archives, elle nous tient volontairement à distances de toute émotion. Ce processus a pour ambition de nous mettre dans la même situation que la philosophe. Elle s’intéresse aux faits et surtout au processus intellectuel. Pas toujours facile à conceptualiser. Cependant, malgré quelques longueurs, elle réussit à ne jamais rendre son propos abscons, aidée dans sa tâche par la performance de Barbara Sukowa.

Le plan final, identique à celui du début, flirte avec le subconscient freudien. La destinée et l’être semblent soudainement indissociables l’un de l’autre. Une magnifique conclusion.

Marianne