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Critique : The Bay, de Barry Levinson

Faux-vrai documentaire horrifique unique en son genre, The Bay impressionne, tant par sa maîtrise cinématographique que par son propos écologico-réaliste.

A partir d’une base plutôt classique du complot, Barry Levinson (Rain Man, Le Secret de la pyramide, Sphère, Sleepers) a élaboré un scénario malin qui présente tour à tour les intervenants d’une catastrophe survenue dans une petite ville américaine, Chesapeake. Construite sur la côte, elle tire sa fierté d’une usine de désalinisation et d’un élevage de volailles. Ses habitants veulent juste mener la vie typique de l’Américain moyen, travailler, élever leurs enfants. Mais, ironie du sort, c’est précisément cette « innocente » normalité même qui a concocté le bouillon de culture dont va surgir l’horreur. Scientifiquement très convaincante, l’enquête, reconstituée à partir de bribes de films, réunit entre autres les propos d’océanographes, les analyses du Centre de contrôle des maladies, le reportage d’une journaliste…

Là où les Chroniques de Tchernobyl, tournées caméra à l’épaule, avaient opté pour le survival movie plutôt que d’accentuer l’horreur écologique, The Bay choisit de montrer l’engrenage implacable qui conduit au désastre sanitaire. Le tout sans pathos. On s’attache sans effort aux différents acteurs du drame, tous émouvants dans la simplicité de leurs réactions et leur courage sans emphase. On déteste ceux qui contemplent la situation de loin. Les arcanes administratives qui ont permis à la situation d’empirer sont plus que plausibles. Bref, on s’y croit. Et si ce qui affecte les habitants est abominable, le malaise surgit surtout quand en sortant de la séance, on est soudainement pas tout à fait certain que ces événements ne se soient pas produits pour de vrai. Comme le responsable du CDC l’espère en voyant des images de l’isopode mutant (la bestiole dévoreuse, héroïne malfaisante du film) : « c’est un faux, ça a été photoshopé… ». La distinction entre réalité et fiction est brouillée, et ce n’est pas une des moindres qualités du film que d’accentuer la finesse de la frontière entre les deux univers. On est tenté d’aller sur Internet vérifier que c’est fictif, et seulement fictif, thank God !

Et là, on apprend que c’est à la suite d’une commande pour un vrai documentaire et consterné de voir que la baie de Chesapeake était une zone maritime déclarée morte que Barry Levinson a décidé de faire ce film. Pour l’occasion, il s’est associé aux producteurs de Paranormal Activity et de Insidious afin de mieux faire passer le message écologiste par le biais de la terreur. Et ça marche car le spectateur ne peut qu’être convaincu : si ça ne s’est pas encore passé, ça va inévitablement se produire. Ou c’est en train de se produire, là, maintenant, quelque part, peut-être dans l’eau que je suis en train de boire… Ou dans… n’importe quoi. L’horreur.

A voir en complément du film ou pour se convaincre d’aller se faire peur,  le site interactif du film : thebay-movie.com

Laurence