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Critique : Joy, de David O. Russell

Jennifer Lawrence (Hunger Games, X-Men, Serena...) est une icone. Elle incarne une certaine idée moderne de la star américaine. Et de la femme. Alors qui pouvait mieux qu’elle se fondre dans le rôle de Joy Mangano, femme créative et audacieuse qui a inventé le balai magique (Miracle Mop) ? Certes, après Happiness Therapy et American Bluff, la jeune actrice est sans doute devenue une muse pour David O. Russel mais honnêtement aucune autre n’aurait pu être sa Joy.

Critique : Serena, de Susanne Bier

Mystère de la programmation. Serena a failli ne jamais sortir en salle. Un film pourtant signé par la réalisatrice danoise Susanne Bier (Brothers, After the Wedding…) et qui a pour têtes d’affiche deux stars en pleine hype : Jennifer Lawrence (Hunger Games, X-Men : Days of the Future Past) et Bradley Cooper (The Place Beyond the Pines). Ce drame se déroulant dans une Amérique en pleine récession des années 30 serait-il si mauvais ?

Critique : American Bluff, de David O. Russel

Au pays des apparences, les bouffons sont des rois. Tel pourrait être le credo d’American Bluff. Dès les premières images, David O. Russel abat toutes ses cartes. Méfiez-vous des faux-semblants. Dans cette introduction génialissime, le spectateur découvre ébahi un Christina Bale méconnaissable (à des années-lumière du récent les Brasiers de la colèreen train de remettre méthodiquement son postiche. Une fois cet artifice bien accroché, la partie de poker menteur peut commencer.

Les meilleurs films de 2013

2014 est là. Mystérieuse, pleine de promesses. Mais avant de se tourner vers demain, comme au début de l’année dernière, un petit bilan annuel s’impose. Sur le papier 2013 était scintillante, remplie de films que Lost in Universes attendait avec impatience. On ne va pas vous mentir, beaucoup n’ont pas été à la hauteur de nos espérances. Tout simplement car si les univers graphiques sont le plus souvent splendides, les scénarios suivent rarement. Trop classique, trop caricatural, avec des personnages qui ont du mal à exister…

Critique : The Place Beyond the Pines, de Derek Cianfrance

Après le mélancolique mais néanmoins sublime Blue Valentine, Derek Cianfrance revient avec un long métrage qui laisse des traces. Dès les premières images, le spectateur est plongé dans l’ambiance irréelle des petites villes de banlieue américaine. Un motard (Ryan Gosling, toujours aussi à l’aise dans le rôle de l’anti-héros moderne) ouvre la bal dans un plan séquence qui le conduit dans une arène cylindrique. Une fois l’agitation redescendue, le film peut vraiment commencer. Ce vagabond à moto, sans but, va découvrir qu’il a un fils. En quelques secondes son destin, et celui de l’ensemble des autres personnages, va basculer.

Le reste du casting est au diapason, sans fausse note. Après Happiness TherapyBradley Cooper continue de prendre des risques avec un rôle puissant mais difficile. Dane DeHann (Chronicle, Des Hommes sans loi, bientôt dans Kill Your Darlings) confirme lui son statut de jeune premier tourmenté. Enfin Eva Mendes, méconnaissable, relève le défi du drame avec grâce.

Derek Cianfrance aime le mélange des genres et les narrations élaborées. Après avoir joué avec les courbes du temps dans Blue Valentine,  il nous propose cette fois plusieurs films en un seul. Dans The Place Behind the Pines, le drame social côtoie le polar contemporain et la chronique adolescente. Bien qu’un peu surpris au départ, le spectateur se laisse doucement convaincre par ces changements de rythme. A l’aide d’une lumière « rétro »,  délavée, le cinéaste insuffle aussi une dose de mystère. Par moments, les fameux pins du titre semblent investis d’une force presque surnaturelle.

Peu à peu, le fil conducteur qu’il met en place nous apparaît clairement : la transmission et ses conséquences intergénérationnelles. Dans cette histoire, la figure paternelle est au centre de toutes choses.  Les femmes, réduites aux rôles de simples spectatrices, assistent impuissantes au cours des évènements. Bref, The Place behind the Pines s’inscrit dans la grande lignée de ces longs métrages américains, symbole d’une époque qui nous échappe déjà.

Marianne

Note d’intention psychanalytique à usage des cinéphiles

« Les pères ont mangé des raisins verts et les fils en ont eu les dents agacées. » Jacques Lacan aimait citer cette parabole pour illustrer la transmission d’inconscient à inconscient. Ce qui s’est noué pour les pères dans le passé rattrapera inéluctablement leurs enfants dans le présent. Le film en est la parfaite illustration et si le sujet n’est pas nouveau, il est ici revu à l’aveuglante lumière de la comète Luke Glanton (Ryan Gosling, Only God Forgives, Gangster Squad) qui transperce le film.

Sans doute ce héros minable de l’Amérique déshéritée aime-t-il les feux du spectacle, mais on ne saura quasi rien de lui si ce n’est qu’il est foudroyé lorsqu’il découvre qu’il est père. Et tout se jouera quand il fera promettre à la mère : «  Ne lui parle pas de moi ». Elle tiendra promesse mais tout secret digne de ce nom persiste à resurgir et les traces d’une comète ne sont pas de ces vestiges qui restent enfouis. Pourtant le spectateur ne découvrira presque rien des liens de Luke à son père. En revanche, le peu qu’il parvient à transmettre à son fils Jason (Dane Dehane) sera déterminant.

Car le destin de Jason sera, au final, plus assumé sinon plus libre que celui d’A. J. (Emory Cohen), ce fils que son père, guidé par la Loi et les remords, n’ose plus regarder dans les yeux… sauf des années plus tard et seulement pour lui donner des ordres. A. J. restera dans l’ombre de son père (Bradley Cooper) comme celui-ci s’était déjà plié aux désirs de son propre père, quand Jason partira sur la moto de Luke avec la route sans fin en héritage.

Laurence

Critique : Happiness Therapy, de David O. Russel

Difficile de trouver une thématique commune à la filmographie de David O. Russel. Entre les péripéties illuminées de soldats américains en Irak (Les Rois du désert), le pensum fantaisiste et surréaliste (J’adore Huckabee) et la chronique « self made man » âpre et intense (Fighter), le réalisateur prend un malin plaisir à brouiller les pistes sur ses obsessions personnelles.

Pourtant avec Hapiness Therapy, une constante se confirme. Au-delà de  l’enchevêtrement de genres qui constitue son œuvre, David O. Russel semble avoir une affection particulière pour les marginaux et les personnages décalés. En témoignent les deux héros de son nouveau long métrage : un homme bipolaire qui sort d’un séjour en hôpital psychiatrique et une jeune femme en pleine dépression tendance « nymphomane » après la mort de son mari. Ces deux-là sont comme des enfants perdus, tentant désespérément de retrouver le fil d’une existence dont ils ont égaré les codes. Leur rencontre va faire des étincelles et constitue la trame narrative principale de cette comédie aux accents dramatiques.

Pour donner chair à ces deux êtres en équilibre précaire, David O. Russel a opté pour deux stars en vogue du moment : Bradley Cooper et Jennifer Lawrence. Jusqu’à présent cantonné dans des rôles de séducteur Cooper montre ici une nouvelle facette de son jeu. Torturé, lunatique et habité, il ne commet aucune fausse note. Jennifer Lawrence, lumineuse, est son parfait alter ego féminin. Elle prouve une fois de plus qu’elle est aussi à l’aise dans les grosses machines hollywoodiennes (Hunger Games, X-Men) que dans des projets plus confidentiels (Winter Bones). A noter également, la jolie prestation de Robert de Niro dans le rôle d’un père rempli de Toc, qui préfère à nouveau la nuance au cabotinage.

Filmer les névroses comme les scènes d’hystérie peut s’avérer un exercice assez compliqué. Mais David O. Russel sait toujours prendre la distance suffisante pour ne pas perdre le spectateur sans trahir ses personnages. Il cale d’ailleurs sa mise en scène sur l’évolution de son personnage principal. Au début hésitante, nerveuse, toujours en mouvement… la caméra se stabilise, prend plus de recul à l’image de son héros qui se métamorphose.

La musique est certainement une autre pierre angulaire de l’œuvre de David O. Russel. Dans son dernier opus, elle  a un rôle pivot. Au départ sorte de déclencheur psychique des crises du héros, elle va au final, au travers de la danse, lui permettre de dépasser ses conflits intérieurs. L’ensemble des nœuds narratifs est d’ailleurs résolu dans une scène de danse assez jouissive. Un happy end, peut-être un peu facile (avec l’amour comme moteur de rédemption), n’empêche pas le film de s’inscrire comme l’une des meilleures « dramédies » romantiques de ces dernières années.

Marianne