Tag Archives: Cinéma

Critique : Die Hard 5, de John Moore

Fallait-il donner une pénultième suite aux aventures de John McClane ? Non, définitivement pas ! Entre un Bruce Willis qui grimace, un scénario qui tient en dix lignes et des explosions toutes les deux minutes… il n’y a pas grand-chose à sauver de ce naufrage.

Pourtant je suis une grande fan de la trilogie originale, je n’ai rien contre les  films d’action efficaces et malins. Mais John Moore n’est pas John McTiernan, le sens du cadre et du suspense doivent lui être totalement inconnus. Au passage, le flic increvable a également perdu son humour ravageur. Les quelques dialogues cocasses entre le père et le fils ne suffisent pas à inverser cette tendance.

Certes les amateurs de cascades, carambolages, courses poursuites et autres fusillades en prendront plein les yeux… La scène finale, ultra-spectaculaire, nous réserve même un plan de chute assez graphique. Filmés au ralenti, les deux héros traversent vitrages et cloisons. Tout à coup, le spectateur se retrouve plongé dans l’univers d’un jeu vidéo plein écran… sauf que quand on ne tient pas la manette, la sensation est beaucoup moins amusante.

Seule petite consolation, le film met le pied à l’étrier à Jai Courtney. Déjà repéré dans le très inégal Jack Reacher, il dégage, malgré la pauvreté du rôle, un charisme brut. Exploité à sa juste mesure, il pourrait faire des étincelles dans les années à venir.

Marianne

Critique : Hansel et Gretel : Witch Hunters, de Tommy Wirkola

L’affiche promet « 100 % » de gun. Promesse tenue. Et  « sang pour sang » de fun. Et là, la promesse n’est que partiellement tenue même si Gretel (Gemma Aterton, Tamara Drew, Prince of Persia) et Hansel (Jeremy Renner, Démineurs, Mission impossible) sont sexy, toniques et parfois émouvants. Les sorcières sont redoutables, leur univers un chouïa élaboré, leurs espèces variées. Les décors, costumes, arbalètes et autres flingues offrent un design soigné. Edward le troll triste est une excellente trouvaille.

Le générique, qui utilise un théâtre de papier 3D pour raconter la vie des deux enfants entre le moment où ils tuent la sorcière dans la maison de sucreries et leur nouvelle carrière de chasseurs de sorcières, est remarquable. Les anachronismes inattendus (le tourne-disque, le kit de réanimation…) sont bien vus.

Un scénario (beaucoup) plus ambitieux n’aurait certainement pas nui à l’histoire. Même pour un petit film de série B et vu les moyens dont il disposait, Tommy Wirkola aurait pu développer le potentiel du conte au lieu simplement de l’effleurer. Terry Gilliam avait prouvé avec ses magiques Frères Grimm qu’une relecture plus originale est possible. Et puisque Tommy Wirkola a choisi l’option « délire », il aurait bien été inspiré de revoir Planète Terreur et Machette dans lesquels Robert Rodriguez démontrait que le fun déjanté n’empêche pas le second degré de grande qualité.

Au total le film se tient, même si les dialogues ne sont pas aussi drôles qu’on l’aurait souhaité. Dommage, d’autant qu’à la toute fin, Hansel et Gretel trouve un rythme qui donne envie de tracer la route avec les witch hunters. Cela dit, si l’on n’a pas de folles espérances, on passe plutôt un bon moment et l’on retiendra la morale du conte (Hé ! On ne sait jamais, ça peut toujours servir…) : « Don’t eat the fucking candies ».

Laurence

Critique : les Misérables, de Tom Hooper

On adorera (comme beaucoup de spectateurs) ou on détestera (comme presque toute la critique française) sans demi-mesure. Car ces Misérables à l’américaine sont pleins de parti-pris auxquels le public devra adhérer s’il veut apprécier pleinement le spectacle.

Choisir d’adapter une comédie musicale à succès était déjà osé, mais le pari se double d’un pathos hugolien délibérément mis en avant et du choix de décors grandiloquents à la limite du pompier. Puisque les acteurs endossent leurs partitions avec brio, que le sentimentalisme émeut, que les grandes envolées lyriques enthousiasment parfois et que les rues de Paris assument leur côté kitsch, le film peut se regarder avec bonheur.

S’il était besoin d’une seule bonne raison d’aller voir le film, ce serait toutes les scènes où apparaissent  les Thénardiers, interprétés par Helena Bonham-Carter et Sacha Baron Cohen. De la pure méchanceté bouffonne, cruelle et avide, mise en scène avec brio et un gros grain de folie.

A cela s’ajoute l’interprétation d’Anne Hathaway en Fantine dans la formidable scène où elle en vient à se sacrifier pour Cosette.

Si Tom Hooper avait fait preuve d’autant d’inspiration sur toute la durée du film qui s’essouffle en deuxième partie malgré l’excellent Eddie Reydmane, on aurait peut-être tenu une grande adaptation du chef-d’oeuvre de Victor Hugo.

Laurence

Quoi ! Les Américains adaptent (une fois de plus) un chef-d’œuvre de la littérature française. Et ils osent en faire une comédie musicale… Paris résonne encore des cris d’effroi des bien-pensants qui se posent en défenseurs du patrimoine hexagonal. Mais en réalité, ils connaissent bien mal l’histoire.

Faire des Misérables une comédie musicale est une idée 100 % française. Ecrite en 1980 par Alain Boublil et le compositeur Claude-Michel Schönberg, elle fut mise en scène par Robert Hossein lui-même. Mais le public parisien ne lui accorda qu’un succès mitigé. La comédie musicale eut alors une seconde vie, une fois traduite en anglais. Elle fit les beaux jours de la scène londonienne avant de s’attaquer à Broadway. Pour les Anglo-saxons, le spectacle est une véritable institution.

Une fois cette vérité rétablie, une question se pose : comment réussir à transposer cette comédie musicale de la scène au grand écran sans la dénaturer ?  Pour commencer, il faut sélectionner un réalisateur anglais oscarisé. Derrière la caméra, on retrouve Tom Hooper qui a reçu cinq statuettes pour le pétillant Discours d’un roi. Cet amoureux des trames classiques réussit avec Les Misérables à faire monter petit à petit l’émotion, sans que le spectateur ne s’en rende compte. Par petites doses, le film accumule les moments de grâce. Anne Hathaway (Fantine) sublime le désespoir. Samantha Banks (Eponine) est lumineuse de tristesse sous la pluie.

La musique amplifie, elle, le lyrisme de l’œuvre de Victor Hugo. Les scènes de foule en haut des barricades paraissent encore plus intenses et dramatiques. Et les impitoyables Thénardiers nous entraînent, eux, allégrement dans la Commedia dell’ arte. Le tout dans un décor parisien ouvertement théâtral, qui pourra faire sourire certains.

Dans cette partition presque parfaite, je ne déplore qu’une petite fausse note. Le choix d’avoir complètement supprimé les scènes parlées. Elles auraient, à mon sens, mieux structuré ce récit très long et complexe.

Marianne

Critique : Flight, de Robert Zemeckis

Robert Zemeckis revient enfin à la prise de vue réelle. Et cette simple nouvelle suffit à réjouir le cœur de n’importe quel cinéphile. Il faut dire que le réalisateur mythique de Retour vers le futurQui veut la peau de Roger Rabbit ? ou encore de Forrest Gump,  semblait s’être perdu depuis dix ans dans les rouages synthétiques de la motion capture.

Pour son grand retour dans le cinéma traditionnel, Robert Zemeckis a choisi le mélodrame. Dans Flight, Denzel Washington interprète un pilote d’avion qui effectue une manœuvre d’urgence spectaculaire permettant de sauver la quasi-totalité de ses passagers. S’il est d’abord érigé en héros, la réalité va vite le rattraper. L’enquête révélera une grave dépendance à l’alcool…

L’addiction. C’est justement l’une des thématiques principales de ce long métrage. Zemeckis la filme sans concession, dans ce qu’elle a de plus fascinant et de plus destructeur. Dès la scène d’introduction, on est plongé dans le quotidien de ce pilote. Dans un simple plan fixe qui dévoile une chambre d’hôtel, une fille nue et un homme au téléphone… plane instantanément une atmosphère surréaliste.

Et pour servir son propos, le réalisateur s’appuie sur l’interprétation sans faille de Denzel Washigton. Sous tension permanente, il se prête au jeu de l’alcoolisme sans esbroufe, en évitant le carcan de « la performance ». Une réussite qui nous fait d’autant plus regretter la facilité moralisatrice dans laquelle s’enferme le film par moments (en particulier à la fin).

Flight n’évite donc pas les longueurs. Et en dehors de deux séquences de cinéma sublimes (la scène du crash, à la fois spectaculaire et émouvante, et celle dans les couloirs de l’hôpital qui résonne comme un moment suspendu), le film ne décolle jamais complètement… à notre plus grand regret.

Marianne