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Critique : Lion, de Garth Davis

L’Inde. Un petit garçon orphelin. Dev Patel. Ces trois éléments riment pour tous les cinéphiles avec Slumdog Millionaire, conte exubérant à la sauce bollywoodienne signé Danny Boyle (Trance, Steve Jobs). En apparences, Lion de Garth Davis reprend les mêmes ingrédients. Mais cette histoire vraie d’un petit garçon indien perdu qui finit par retrouver sa famille 25 ans plus tard n’a au final que peu de rapport avec le feel good movie de Danny Boyle. 

Critique : Steve Jobs, de Danny Boyle

Oubliez tout ce que vous avez vu ou lu sur Steve Jobs. Le long métrage de Danny Boyle n’entend pas être un biopic dans le sens religieux du terme. Et c’est tant mieux. En mettant en image le scénario du génial Aaron Sorkin (qui ne comportait que des dialogues sans aucune indication de mise en scène !), le réalisateur de Trainspotting et de Slumdog Millionnaire réussit enfin à nous faire pénétrer dans la psyché de l’inventeur du Mac. L’exercice est juste brillant.

Critique : Trance, de Danny Boyle

Jeux de miroirs, jeux d’ombres, jeux de reflets, jeux de dupes. Danny Boyle s’essaie en beauté au genre complexe du thriller où patient et thérapeute entrent dans une dangereuse partie de poker censée manipuler au final le spectateur. Ici, avec l’aide d’une somptueuse hypnothérapeute (Rosario Dawson), un commissaire-priseur amnésique (James McAvoy, bientôt dans Frankenstein) tente de recouvrer la mémoire afin de payer ses dettes. Pour ne pas être exécuté.

Pour complexifier l’affaire, le cinéaste y mêle Frank, un gangster sans scrupules (le toujours infernalement séducteur Vincent Cassel, la Belle et la Bête), ajoute quelques hommes de main, filme des délires dans des appartements londoniens à se damner et pimente le tout d’un tableau de Francesco Goya, les Sorcières dans les airs. Au total il ne réussit guère mieux que Steven Soderbergh avec son récent Effets secondaires. Le spectateur un peu malin devinera assez rapidement qui manipule qui, même s’il est loin de savoir pourquoi. Et peut très bien se désintéresser de l’affaire en cours de route tellement l’emboîtement de faux-semblants et de mensonges est complexe (même si le scénario est sans faille). La fin, qui se présente comme morale au spectateur inattentif, s’avère l’élément le plus agaçant de tout ce mic-mac. Car si l’on y réfléchit bien, qui est la vraie victime dans cette histoire ? Qui a commis la faute initiale ? La transgression première ?

(Attention, spoiler) La clé du filme réside bien évidemment dans ce que montrent les deux tableaux de Goya. Car pourquoi Simon voudrait-il voler cette oeuvre précisément ? A cause de son prix bien évidemment. Mais sa thématique n’est pas innocente. Les Sorcières dans les airs (las Abrujas en el aire) a été peint en 1797, et complété l’année suivante. Goya… ce peintre que Simon exècre pour avoir corompu la tradition de l’innocence en peinture. Avant qu’en 1800, le génie espagnol ose peindre la Maja nue avec sa toison pubienne, les poils n’avaient pas droit de cité dans la peinture occidentale. La femme était pure. Le message est plutôt limpide  : sous la sexualité féminine, la sorcellerie. Et sous l’hypnotiseuse indécente, le mal. Ce qui n’est pas faux puisque que la torride Elizabeth transgresse les règles les plus élémentaires, les plus vitales, du contre-transfert entre patient et thérapeute. Et c’est la jeune automobiliste qui paie le prix fort sans qu’Elizabeth en paraisse affectée le moins du monde.

Est-ce juste l’inconscient de Simon qui exprime sa terreur du féminin meurtrier ? Ou est-ce celui de Danny Boyle ? On espère que le film incite seulement le spectateur à choisir son hypnothérapeute avec le plus grand soin. Car ce n’est pas sans raison que Sigmund Freud se méfiait de l’hypnose.

Laurence

L’info en plus : Les Sorcières dans les airs appartient au musée du Prado de Madrid, mais il est exposé avec d’autres tableaux et quantité de gravures de Goya jusqu’au 23 juin 2013 au musée d’Orsay dans le cadre de l’Ange du bizarre, le romantisme noir de Goya à Max Ernst. Pour plus d’informations : www.musee-orsay.fr

 

Après la fable bollywoodienne et le « Survival Movie » dans le désert américain, Danny Boyle revient à ses premières amours : le thriller londonien. Indéniablement, l’ombre de Petits Meurtres entre amis, son premier fait d’armes, plane sur cette Trance post-moderne. Le cinéaste y décline plusieurs ingrédients étrangement similaires. Au menu : un butin dissimulé (quasi constante des films de Boyle, même si pour une fois c’est une toile de maître qui se substitue à l’incontournable amas de billets de banque), un triangle amoureux malsain et des hommes de main violents.

Au-delà de ces références classiques (et inconscientes ?), Trance signe surtout le grand retour du réalisateur britannique vers un cinéma « méchant », où les coups bas et les manipulations perverses font partie intégrante des festivités.

Le sens esthétique de Boyle s’affirme dans une vision ultra-contemporaine de Londres. Dans cet univers aseptisé, le vide prédomine dans les plans autant que dans les décors. L’omniprésence des lumières colorées phosphorescentes n’a rien d’anodin. Elle renforce le sentiment de confusion du spectateur, perdu entre la réalité et le cortex cérébral du héros (James Mc Cavoy, pertinent).

Dès le départ, le spectateur est dirigé vers une fausse piste. Avec son montage rapide, sa voix off lancinante et ses ralentis habiles, le long métrage emprunte son rythme au film de braquage.  Mais ce premier quart d’heure d’exposition ne sera au final qu’un trompe-l’œil. Dès le second acte, on rentre dans le vif du sujet : les méandres de la mémoire et son florilège d’illusions.

A ce jeu-là, si le béotien se laisse cueillir béat, pour le cinéphile les signes se révèlent bien trop apparents. Surtout sur la révélation finale, dont les coutures grossières finissent par agacer. Et pire, la tentative de justification morale (dont Petits Meurtres entre amis et Trainspotting  se passaient parfaitement) vient même gâcher une partie du plaisir que l’on prend dans cette histoire.

Au final, ce labyrinthe mental mêlant allusions picturales inconscientes, scène de violences inspirées de David Cronenberg et jeu d’acteurs audacieux nous marquera plus par son imaginaire que par son scénario.

Marianne