Tag Archives: écologie

Critique : Le Monde de Dory, de Andrew Stanton et Angus Maclane

Jim Morisson, le patron de Pixar, vient de le promettre : après Les Indestructibles 2 attendus pour 2019, le studio ne produira plus que des films originaux. Voilà une nouvelle courageuse dans un monde où le mot « franchise » semble être la seule motivation pour les financiers. En attendant, le studio à la lampe nous propose pour cet été 2016, la suite de l’un de ses plus gros succès : Le Monde de Némo. Un plongeon rafraîchissant, mais clairement pas la réalisation la plus ambitieuse de Pixar. 

Critique : Noé, de Darren Aronofsky

A Hollywood, la Bible est en retour de hype. Ridley Scott peaufine son Exodus : Gods and Kings avec Christian Bale dans le rôle de Moïse. La MGM prévoit de remaker son Ben-Hur en développant sa dimension biblique. Même Brad Pitt serait associé à un projet de film sur Ponce Pilate. Darren Aronofsky, assez branché sur le mysticisme depuis The Fountain, ouvre le bal avec sa relecture de Noé.

Critique : The Bay, de Barry Levinson

Faux-vrai documentaire horrifique unique en son genre, The Bay impressionne, tant par sa maîtrise cinématographique que par son propos écologico-réaliste.

A partir d’une base plutôt classique du complot, Barry Levinson (Rain Man, Le Secret de la pyramide, Sphère, Sleepers) a élaboré un scénario malin qui présente tour à tour les intervenants d’une catastrophe survenue dans une petite ville américaine, Chesapeake. Construite sur la côte, elle tire sa fierté d’une usine de désalinisation et d’un élevage de volailles. Ses habitants veulent juste mener la vie typique de l’Américain moyen, travailler, élever leurs enfants. Mais, ironie du sort, c’est précisément cette « innocente » normalité même qui a concocté le bouillon de culture dont va surgir l’horreur. Scientifiquement très convaincante, l’enquête, reconstituée à partir de bribes de films, réunit entre autres les propos d’océanographes, les analyses du Centre de contrôle des maladies, le reportage d’une journaliste…

Là où les Chroniques de Tchernobyl, tournées caméra à l’épaule, avaient opté pour le survival movie plutôt que d’accentuer l’horreur écologique, The Bay choisit de montrer l’engrenage implacable qui conduit au désastre sanitaire. Le tout sans pathos. On s’attache sans effort aux différents acteurs du drame, tous émouvants dans la simplicité de leurs réactions et leur courage sans emphase. On déteste ceux qui contemplent la situation de loin. Les arcanes administratives qui ont permis à la situation d’empirer sont plus que plausibles. Bref, on s’y croit. Et si ce qui affecte les habitants est abominable, le malaise surgit surtout quand en sortant de la séance, on est soudainement pas tout à fait certain que ces événements ne se soient pas produits pour de vrai. Comme le responsable du CDC l’espère en voyant des images de l’isopode mutant (la bestiole dévoreuse, héroïne malfaisante du film) : « c’est un faux, ça a été photoshopé… ». La distinction entre réalité et fiction est brouillée, et ce n’est pas une des moindres qualités du film que d’accentuer la finesse de la frontière entre les deux univers. On est tenté d’aller sur Internet vérifier que c’est fictif, et seulement fictif, thank God !

Et là, on apprend que c’est à la suite d’une commande pour un vrai documentaire et consterné de voir que la baie de Chesapeake était une zone maritime déclarée morte que Barry Levinson a décidé de faire ce film. Pour l’occasion, il s’est associé aux producteurs de Paranormal Activity et de Insidious afin de mieux faire passer le message écologiste par le biais de la terreur. Et ça marche car le spectateur ne peut qu’être convaincu : si ça ne s’est pas encore passé, ça va inévitablement se produire. Ou c’est en train de se produire, là, maintenant, quelque part, peut-être dans l’eau que je suis en train de boire… Ou dans… n’importe quoi. L’horreur.

A voir en complément du film ou pour se convaincre d’aller se faire peur,  le site interactif du film : thebay-movie.com

Laurence

Critique : After Earth, de M. Night Shyalaman

Parce qu’à Lost in Universes on aime beaucoup M. Night Shyalaman, on espérait très fort qu’après le flop total de son film le Dernier Maître de l’air, son nouvel opus serait réussi. Pendant les cinq premières minutes, le spectateur en doute très fort. Il a l’impression d’assister au résumé compacté serré d’un After Earth 1 dont il ignorait l’existence et de prendre le train en marche. Puis le réalisateur trouve son rythme et le plonge dans un très crédible univers futuriste.

La planète Terre post-historique, retournée à l’état sauvage et totalement hostile aux hommes sur laquelle se déroule l’essentiel de l’aventure, est impressionnante de réalisme. Avec ses immenses arbres, ses grottes scintillantes, ses chutes d’eau vertigineuses et sa faune réinventée, elle est un personnage du film à elle seule. Elle donne à imaginer grâce à ses grands vols d’oiseaux migrateurs et ses troupeaux de bisons la nature avant que les civilisations humaines ne la ravagent. Dès qu’elle devient hostile avec ses singes agressifs et ses sangsues toxiques, elle rappelle combien l’existence des premiers hominidés a dû être précaire. Le voyage de Kitai (Jaden Smith) le prouve à chaque seconde. C’est cet univers qui porte l’essentiel du film, le scénario se révélant sans surprises, même si l’idée des Ursas et du contrôle de la peur pour les vaincre est excellente.

Les costumes, en particulier la combinaison de survie de Kitai, sont très travaillés. Belles et sensuelles, les habitations et  la navette spatiale mi-techniques, mi-végétales, créent une civilisation futuriste inédite et tout à fait plausible.

Petit regret : il y a quand même beaucoup de matériel qui se casse un peu trop opportunément tout au long de cette épopée ( le vaisseau, la cage, la balise, les bulles à oxygène, le matériel de communication, la réparation artérielle…). C’est franchement redondant et le scénariste – Will Smith himself ! – aurait dû trouver un autre moyen de relancer le suspense.

Gros regret : que le message écologique dont Jaden Smith souligne que c’était l’une de ses motivations pour participer au film ne soit pas plus appuyé. Les allusions à Moby Dick, le livre dans lequel Herman Melville relate entre autres comment s’est effectuée la pêche baleinière intensive, sont trop anecdotiques. Même si l’on sent bien à la toute fin du film que la Terre n’est un paradis perdu que lorsque les humains la désertent. C’est d’autant plus dommage que cette thématique écologique semble intéresser le réalisateur qui l’avait déjà traitée plus nettement dans Phénomènes en 2008.

Laurence

Il est loin le temps où M. Night Shyamalan redéfinissait les codes du cinéma fantastique avec Sixième Sens. Devenu le spécialiste des films à suspense avec twist final renversant, le cinéaste avait deux références majeures dans sa filmographie : Steven Spielberg et Alfred Hitchcock. Le premier pour son sens de l’entertainment positif et le second pour sa propension naturelle à la manipulation cinématographique.

Un peu malmené par le public et les critiques ces dernières années, M. Night Shyamalan tente de se réinventer avec une première incursion dans l’univers de la science-fiction. Sur le papier, After Earth apparaît comme ambitieux. La super-star Will Smith (qui essaie lui aussi de donner un nouveau souffle à sa carrière) endosse pour la première fois le rôle de scénariste. Il a imaginé un futur dans lequel l’humanité a fui depuis longtemps une terre victime d’une pollution destructrice. Dans l’espace, elle a appris à faire face à un ennemi extra-terrestre terrifiant, aveugle mais capable de repérer notre peur…

Pourtant, le résultat n’est pas à la hauteur de nos espérances. Difficile de trouver une once d’originalité dans ce long métrage. De ses thématiques écologiques rabattues (et pas assez exploitées !)  à son sous-Alien de pacotille en passant par l’éternelle rivalité père/fils… tout a déjà été traité des milliers de fois et souvent en mieux. Sans parler de l’interprétation juste correcte de Jaden Smith, qui fait un usage excessif de ses narines pour se donner de la contenance. Comme quoi le népotisme cinématographique a aussi ses limites.

Et ce n’est pas la peine non plus d’espérer un quelconque retournement de situation malin ou même la moindre petite surprise narrative. Les enjeux exposés durant les premières vingt minutes n’évoluent pas d’un iota jusqu’à son final dégoulinant de bons sentiments. M. Night Shyamalan semble avoir renoncé à cette petite particularité filmique qui en agaçait certains et qui pourtant en faisait un auteur à part.

Dommage.

Reste tout de même une mise en scène fluide remplie de plans aériens souvent magnifiques, un bestiaire 3D surprenant (mention spéciale à l’aigle géant) et une combinaison changeant de couleurs au gré de l’état de santé de son hôte. Ces trois raisons sont-elles suffisantes pour aller découvrir ce survival movie inspiré par l’univers vidéoludique ? A vous de voir.

Marianne