Tag Archives: Joel Edgerton

CEFF 2016 : Loving, de Jeff Nichols (Film d’ouverture)

La 5e édition du Champs Elysées Film Festival se tient du 7 au 14 juin dans les cinémas de la plus belle avenue du monde. Chaque jour, Lost in Universes revient sur un film découvert durant la semaine. Aujourd’hui, le film d’ouverture : Loving de Jeff Nichols.

Critique : Midnight Special, de Jeff Nichols

Pour qui a déjà vu un film de Jeff Nichols (Take Shelter, Mud), Midnight Special a forcément une aura particulière. En seulement trois films (son premier Shotgun Stories est moins connu), le cinéaste de seulement 37 ans s’est imposé comme un héritier du cinéma de Spielberg. La nostalgie en plus.

Critique : Strictly Criminal, de Scott Cooper

Encore un film de gangsters ? Oui, sauf que celui de Strictly Criminal (Black Mass en v.o.)  a bel et bien existé. James « Whitey » Bulger  est même une telle légende que le cinéma s’est déjà emparé de lui pour créer certains personnages (notamment dans The Town de Ben Affleck ou Les Infiltrés de Scorsese). Scott Cooper cinéaste spécialiste des traumas de la société américaine (Crazy Heart, Les Brasiers de la colère) joue donc au petit jeu du « gangsta biopic ».

Critique : Life, d’Anton Corbijn

Ancien photographe de rock et clipeur, Anton Corbijn semble être toujours à la recherche d’icône à placer devant son objectif. Dans son premier film, Control, il avait imprimé sur pellicule la psyché tourmentée du chanteur de Joy Division. Avec Life, il tente de saisir l’aura de James Dean.

Critique : Exodus, Gods and Kings de Ridley Scott

La Bible fait son grand retour à Hollywood. Après la version Shining de Noé, voici une nouvelle mouture rutilante des 10 commandements. Je sais.  Mais après tout, les grandes histoires sont faites pour être racontées éternellement. En plus, c’est un certain Ridley Scott qui est derrière les manettes. Le spectacle de ce Noël 2014 promet donc d’être étincelant.

Critique : Gatsby le magnifique, de Baz Luhrmann. Pour ou contre ?

Avant de voir un film, fatalement, on l’imagine par avance au travers de ce que l’on connaît déjà de l’histoire et de ce que le matériel publicitaire en dévoile. Avec The Great Gatsby, tiré du roman célébrissime de Francis Scott Fiitzgerald, un rêve de film élégant, romantique, raffiné et cruel s’est imposé que ne démentait en rien la superbe affiche que tous les murs de Paris arborent. Un Leonardo DiCaprio chic au possible, quasi mythique, en Jay Gatsby, une Carey Mulligan sublime et fragile en Daisy Buchanan vêtue des robes de Miuccia Prada… Hélas, c’était seulement un rêve.

Il est impossible de qualifier cette adaptation de navet puisque s’il est une seule chose réussie, c’est le casting. Leonardo DiCaprio (Django Unchained, J. Edgar) tire sans peine son épingle du jeu, Carey Mulligan (Drive, Never let Me Go) parvient à émouvoir, Tobey Maguire (Brothers) également. Jason Clarke (Des Hommes sans loi, Zero Dark Thirty) confirme son talent à l’instar de Joel Edgerton ( le Roi Arthur, Animal Kingdom, Warriors) enfin en tête d’affiche d’une super-production. Seules leurs prestations empêchent de quitter la salle pour échapper à ce déferlement de poncifs criards. Car Baz Luhrmann a choisi un parti-pris outré auquel certains adhéreront peut-être : mise en scène quasi théâtrale, sur-jouée, décors clinquants, costumes faussement chics. Parti-pris qui pourrait se défendre puisque Jay ne propose à Daisy qu’une vie en forme d’illusion mensongère. La fin du film, forcée à la sobriété par l’extinction des feux de la fête, est légèrement mieux, mais légèrement seulement ce qui donne à penser que cet échec tient à un manque général de vision du metteur en scène, et non simplement à son manque de goût.

S’il ne parvient pas à entrer dans cet univers de carton-pâte pailleté jusqu’à l’écoeurement, en dépit du remarquable jeu des acteurs qui, répétons-le, sauve le film, le spectateur ressortira de la séance floué avec un unique qualificatif en tête : vulgaire. Daisy Buchanan déteste l’univers que Gatsby lui propose. Elle fait preuve de discernement.

Laurence

Quoi de plus flamboyant pour ouvrir le Festival de Cannes qu’un film de Baz Luhrmann ? Avec seulement cinq long métrages au compteur, le réalisateur australien a déjà eu cet honneur à deux reprises. Preuve évidente que son cinéma possède une dimension glamour, faite de strass, de costumes haute couture et d’une grandiloquence théâtrale. Soit trois caractéristiques essentielles à la réussite de cette manifestation mythique.

Après son incursion (à moité ratée) dans l’épopée fleuve (Australia), le cinéaste revient au style visuel initié avec sa trilogie du rideau rouge (Balroom Dancing, Roméo + Juliette et Moulin Rouge). Il n’est d’ailleurs pas très difficile de comprendre ce qui lui a plu dans le roman de Francis Scott Fitzgerald : les fêtes outrancières et spectaculaires organisées par Jay Gatsby.

Dans ses scènes d’une maîtrise formelle ébouriffante, Lurhmann renoue avec l’art baroque influencé par Louis XIV en son temps. Scintillantes, extravagantes, décalées et transfigurées par une bande originale volontairement anachronique, elles constituent le coeur superficiel de ce long métrage. Un parti-pris qui peut paraître iconoclaste et qui agacera les fervents admirateurs du formalisme classique des précédentes adaptations.

Pourtant cette extravagance graphique, tape-à-l’oeil et d’apparence vide de sens symbolise justement toute la vacuité de ces gens riches qui se fichent de tout à part d’eux-mêmes. Ce décalage, par moments grossier et pathétique, illustre parfaitement l’état d’esprit dans lequel se trouve Gatsby (Leonardo DiCaprio, habité). Aveuglé par son amour inconditionnel, il se comporte comme un nouveau riche convaincu que c’est en dépensant son argent en grande pompe qu’il s’achètera son billet d’entrée dans ce monde. Une démarche qui le conduira à sa propre déchéance…

D’autre part, en faisant abstraction de ce cadre tapageur, la version de Gatsby le magnifique offerte par Baz Luhrmann est loin d’être vaine. Comme dans Roméo + Juliette, le réalisateur s’impose un respect scrupuleux du texte, que l’on retrouve dans les dialogues et la voix off. Mais aussi dans une sorte de poésie visuelle (les rideaux blancs qui virevoltent, la pancarte usée de l’oculiste…). L’histoire d’amour, vrai pilier de l’oeuvre de Fitzgerald, est parfaitement reconstituée à l’écran. Légèrement suréelle avec son ciel new-yorkais qui prend des allures d’azur toscan, elle n’en reste pas moins belle.

Baz Luhrmann livre une vision post-moderne de ce récit. Sans doute, le cinéaste est-il trop novateur pour notre époque. A ce titre, il rejoint Fitzgerald lui-même qui au moment de la sortie du roman s’était fait étrillé par la critique. Ce n’est que quelques années plus tard que The Great Gatsby a été reconnu comme une oeuvre majeure de son auteur. A méditer.

Marianne