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Critique : Zero Theorem, de Terry Gilliam

Douce mélancolie quand tu nous tiens… Zero Theorem résonne comme un film de fin de règne. Comme si Gilliam livrait une version contemporaine de son Brazil. Le même héros lunaire qui tente de lutter contre une société coercitive, le même univers visuel chamarré et bordélique et le même esprit rebelle.

Critique : L’Autre Vie de Richard Kemp, de Germinal Alvarez

Qui est Germinal Alvarez ? Un cinéaste français qui a osé miser, pour son premier long métrage, sur un polar mâtiné d’une petite dose de fantastique. Le cas est assez rare pour ne pas le souligner. Et le monsieur doit forcément avoir du talent, puisqu’il a réussi à convaincre rien de moins que le charismatique Jean-Hugues Anglade (Braquo, Amitiés sincères) et la talentueuse Mélanie Thierry (Ombline, Comme des frères) de le rejoindre dans cette aventure.

Le pitch, simple, a le mérite d’être efficace. Suite à une mystérieuse chute, un policier se retrouve vingt ans dans le passé. Il y voit l’occasion d’enfin résoudre une ancienne série de meurtres perpétrés par celui que la presse appelait le Perce-oreille, tout en réécrivant le cours de sa vie.

Sans révolutionner le genre du Time Travel, Alavarez en maîtrise les codes et impose même certaines règles. Ici pas de paradoxes temporels chers à Emmet Brown dans Retour vers le futur ou de « What is done is done », leitmotiv de la série Lost. Le cinéaste préfère ouvrir le champ des possibilités quantiques. Richard Kemp a une vraie chance de changer sa destinée et avec elle, celles de plusieurs personnes de son entourage.

Outre le suspense propre à ce genre d’histoire, Alvarez a aussi écrit une histoire d’amour qui se joue des règles du temps. Et là encore, malgré son caractère impossible, il réussit à la rendre poignante et crédible. Il est aidé dans cette tâche par l’alchimie naturelle que émane du couple Jean-Hugues Anglade/Mélanie Thierry, qui tiennent chacun un double rôle à vingt ans d’intervalle. Leurs trajectoires s’entremêlent pour notre plus grand bonheur.

Le temps n’est pas la seule donnée essentielle de L’Autre Vie de Richard Kemp. La notion d’espace est tout aussi importante. Sous l’oeil de la caméra d’Alvarez, La Rochelle se transforme en un véritable décor de polar urbain. Avec son architecture géométrique et froide, ses ambiances de docks désaffectés, d’appartements sans âme, sa lumière jaunie et sombre, ses quartiers résidentiels mornes… la cité maritime devient le terrain de jeu idéal pour n’importe quel tueur en série.

Une belle réussite formelle qui n’empêche pas deux petits regrets. Tout d’abord, le long métrage aurait gagné en envergure en développant un peu plus les personnages secondaires. Ensuite, l’absence totale d’humour empêche le film de transcender le genre auquel il appartient. En introduisant quelques petites touches plus légères, sans rien enlever à sa dimension dramatique, L’Autre Vie de Richard Kemp aurait put sortir du carcan du film français sérieux. 

Deux remarques qui n’affectent en rien notre envie de suivre de très près la suite de la carrière de Germinal Alvarez.

Marianne

Un polar fantastique français ? Ce genre de film est bien trop rare pour qu’on le néglige. Et sans être une vraie réussite, L’Autre Vie de Richard Kemp présente néanmoins des qualités certaines.

Parmi les très bonnes surprises, la cohérence du scénario qui est inventif et ne s’embarrasse pas d’explications inutiles. Le casting qui tient la route. Le rendu crasseux de l’atmosphère des années quatre-vingt qui est si parfait que l’on s’y croit sans problème. Le choix des décors industriels des usines désaffectées, du port et du viaduc qui est un vrai coup de maître.

Attention, spoilers !

Mais certains éléments ne fonctionnement pas. En premier lieu, la règle d’or du polar d’enquête selon laquelle on cherche un coupable parmi des suspects n’est pas respectée, et l’on n’est pas très intéressé au final de découvrir qui se dissimule derrière le fameux Perce-oreille. Une fois encore, le spectateur se retrouve avec un serial killer monstrueux qui tue par plaisir, sans rime ni raison (The Call, The Iceman…). C’est aussi frustrant que lassant, pour dire le moins. Les scénaristes, français comme américains, ne sauraient-ils plus construire un bon vieux suspense criminel dont les motivations seraient capables de surprendre le spectateur ?

En deuxième lieu, les dialogues sont vraiment trop convenus et sans humour. Aussi Jean-Hugues Anglade et Mélanie Thierry ne sont-ils réellement émouvants que lorsqu’ils s’embrassent.

Grâce à ses qualités indéniables, on verrait toutefois bien les Américains avoir envie de s’inspirer de ce film pour un remake. Avec Brad Pitt en Richard Kemp pour le charme, Carey Mulligan pour l’émotion et Seattle pour les décors.

Laurence