Tag Archives: Nicole Kidman

Critique : Lion, de Garth Davis

L’Inde. Un petit garçon orphelin. Dev Patel. Ces trois éléments riment pour tous les cinéphiles avec Slumdog Millionaire, conte exubérant à la sauce bollywoodienne signé Danny Boyle (Trance, Steve Jobs). En apparences, Lion de Garth Davis reprend les mêmes ingrédients. Mais cette histoire vraie d’un petit garçon indien perdu qui finit par retrouver sa famille 25 ans plus tard n’a au final que peu de rapport avec le feel good movie de Danny Boyle. 

Cannes 2014 : les films hors compétition

Il n’y a pas que la sélection officielle à Cannes ! En marge de la compétition, plusieurs films vont faire l’événement. Plus légers, plus hollywoodiens ou diffusés en hommage, ces longs métrages apportent souvent une respiration à la compétition. Revue de détail.

Jane Campion, présidente du jury de Cannes 2014

Quelle belle nouvelle pour commencer 2014 ! La cinéaste néo-zélandaise Jane Campion vient d’être désignée pour présider le prochain Festival de Cannes. Soit la plus prestigieuse des manifestations de cinéma mondiale. Un festival dont elle peut se targuer d’être la seule femme à avoir obtenu la Palme d’or. C’était en 1993 pour le magnifique la Leçon de piano qui réunissait Holly Hunter, Harvey Keitel et la petite Anna Paquin (oui, la future Sookie de True Blood).

Critique : Stoker, de Park Chan-Wook

Jusqu’à son dix-huitième anniversaire, la vie d’India se résumait à deux choses : incarner avec nonchalance l’éternelle première de la classe et partager des parties de chasse avec son père. Lorsque ce dernier meurt dans un accident de voiture, elle fait face avec mauvaise humeur à ce qui l’attend, à savoir un tête-à-tête conflictuel avec une mère qui ne lui a jamais accordé beaucoup de temps. L’arrivée inattendue de l’oncle Charlie va changer son destin.

Dès les premières minutes, Stocker séduit la rétine du cinéphile. Images volontairement floues, plans mal cadrés, détails graphiques et transitions soignées, le spectateur est instantanément propulsé dans un autre univers. Un univers hors du temps. Les personnages semblent enfermés dans des costumes trop parfaits et des décors trop rigides. Pour renforcer ce sentiment, Park Chan-Wook joue avec l’environnement où le vert prédomine et où une lumière irréelle n’est pas sans rappeler les tableaux d’Hopper…  Les quelques allégories bucoliques et gothiques du début ajoutent à cette confusion temporelle.

Avec son ambiguïté surlignée, Stoker s’inscrit dans la veine des meilleurs thrillers hitchcockiens. Nicole Kidman (bonne nouvelle, elle a arrêté le botox !), avec ses faux airs de Grace Kelly incarne la blonde hitchcockienne par excellence. Elle marche aussi sur les pas de  Shelley Winters, mère égoïste et aveugle de la Lolita de Kubrick  L’oncle Charlie (Matthew Goode, glaçant de perfection), dont le nom semble être un hommage direct à l’Ombre d’un doute du maître du suspense, est une sorte de siamois souriant du Norman Bates de Psychose.

(Attention, spoiler !) Cette réussite formelle sert une histoire mâtinée de mystère qui navigue par moments dans les eaux sombres du fantastique. Mais malgré un montage jouant sur le sentiment de déjà vu et quelques hallucinations, la référence vampirique du titre restera à l’état de fil rouge métaphorique. Au final les plus perspicaces auront vite fait de résoudre les enjeux d’un scénario qu’on aurait préféré avec plus d’envergure.

Pour autant, avec cette première incursion dans le cinéma hollywoodien, le cinéaste coréen a su conserver toute son acuité visuelle. La perte de l’innocence et le passage à l’âge adulte ne se conçoivent pas sans une bonne dose de perversité. Mia Wasikowska est une parfaite « Alice aux pays des merveilles » déviante. Park Chan-Wook semble prendre un malin plaisir à fissurer tout doucement ce cadre parfait qu’il a lui-même construit. Ambiance malsaine garantie !

Marianne

 

Cannes 2013 : Quels films feront l’événement ?

Le Festival de Cannes commence dans trois semaines. Et déjà la planète cinéma est à l’affût de la moindre information sur la teneur de cette prochaine édition. Cette cuvée 2013 relèvera-t-elle le niveau d’une année 2012 jugée un peu pâle ? Premier bilan.

Inside Llewyn Davis, des Frères Coen.

Des habitués et quelques nouveaux  

Sur le papier, la sélection officielle fait bonne impression et promet même quelques surprises. Si beaucoup des habitués sont présents (Paolo Sorrentino, les frères Coen, Takashi Miike, Arnaud Desplechin…), des petits nouveaux auront les honneurs de la compétition officielle pour la première fois comme le cinéaste néerlandais Alex van Warmerdam (surtout connu en France pour Les Habitants), le Fançais Abdellatif Kechiche (L’Esquive) ou encore l’Iranien Asghar Farhadi (Une Séparation). Le Passé est son premier film tourné en France avec pour héroïne Bérénice Béjo, maîtresse de cérémonie l’an dernier. La comédienne Valérie Bruni-Tedeschi montera elle pour la première fois les marches en tant que réalisatrice. Elle sera la seule femme cinéaste en compétition officielle. Un Château en Italie s’inspire en partie de sa vie.


The Immigrant, de James Gray.

James Gray et Nicolas Winding Refn attendus

Personnellement, on espère que 2013 sera enfin l’année de la consécration pour James Gray (The Yard, Two Lovers),  toujours reparti bredouille. Il présentera The Immigrant, une fresque ambitieuse avec Marion Cotillard et son acteur fétiche Joaquim Phoenix. Le cinéaste américain sera doublement présent cette année puisque Blood Ties de Guillaume Canet qu’il a co-écrit avec le Français sera présenté hors-compétition. Le retour de Nicolas Winding Refn avec son Only God Forgive fait déjà couler beaucoup d’encre. Drive présenté en 2011 avait remporté le prix de la mise en scène et avait connu un grand succès critique et public. Les premières images, prometteuses, montrent un Ryan Gosling en mauvais état dans un Bangkok post-moderne.

Behind the Cambrella, de Steven Soderbergh.

Le dernier film de Steven Soderbergh

On notera le retour en sélection officielle de Steven Soderbergh pour ce qui s’annonce être son dernier film, ou plutôt téléfilm. Destiné au départ au grand écran, Behind the Cambrella, Ma vie avec Liberace sera diffusé au final sur la chaîne câblée HBO. Un choix que le cinéaste a dû prendre face aux nombreux refus des studios hollywoodiens de produire ce drame sur la star du piano des années 50 à 70, Libérace. Cette icône gay sera interprétée par Michaël Douglas. Matt Damon incarnera lui son amant.

L’info en plus : Behind the Cambrella ne sera pas le seul film de la compétition à traiter d’homosexualité. La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche est l’adaptation de la BD Le Bleu est une couleur chaude de Julie Maroh sur une passion entre filles. Thierry Frémaux aurait-il un message à faire passer ?

La Vie d’Adèle, d’Abdellatif Kechiche

Un air de polémique

Difficile de pronostiquer à l’avance les scandales cannois, on misera toutefois sur le nouveau François Ozon. Jeune et Jolie raconte le destin d’une jeune fille qui se prostitue pour le plaisir. Le retour de Roman Polanski (qui concourt pour la Pologne) avec La Vénus à la fourrure pourrait aussi faire parler de lui. Dans ce huis-clos, une jeune femme écervelée tente de convaincre un réalisateur qu’elle est la comédienne idéale pour jouer le rôle de l’héroïne du classique de la littérature érotique et masochiste, La Vénus à la fourrure.  

L’info de dernière minute : Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch a été ajouté à la dernière minute en compétition officielle. Si le pitch officiel est vague, ce film de vampires indépendant avec Tilda Swinton, Mia Wasikowska et Tom Hiddleston pourrait créer la surprise.

Only Lovers Left Alive, de Jim jarmusch.

Sur le front des sélections parallèles

Les sélections parallèles ont bien l’intention de faire parler d’elles aussi. D’ailleurs plusieurs longs métrages attendus dans le cadre de la compétition officielle y seront présentés. On pense notamment à Sofia Coppola qui ouvrira Un certain regard avec son ultra glamour The Bling Ring. Le cinéaste iranien Ari Foldman (Valse avec Bachir) aura les honneurs de l’ouverture de la Quinzaine des réalisateurs grâce à Congress. Ce long métrage animé avec Robin Wright est l’adaptation du livre de chevet du cinéaste, Le Congrès de futurologie de Stanislas Lem. Enfin, à la Semaine de la Critique, les séances spéciales ont retenu notre attention. On pourra y découvrir Ain’t Them Bodies Saint de David Lowery. Casey Affleck et Rooney Mara y jouent un couple séparé quand l’homme se retrouve en prison suite à un braquage. Les Rencontres de Minuit, de Yann Gonzalez (connu jusqu’à présent grâce à ses court-métrages à l’univers décalé) sera également présenté. Ce premier long ne devrait pas déroger à la règle.

 

Ain’t Them Bodies Saint, de David Lowery.

Un jury hétéroclite

Du côté du jury, le pape de la pop culture, Steven Spielberg, aura fort à faire pour trouver un consensus face à un jury composé de personnalités aussi différentes que l’actrice indienne Vydia Balan, la star australienne Nicole Kidman, l’acteur autrichien Christoph Waltz (lauréat du prix d’interprétation pour Inglourious Basterds), l’acteur réalisateur français Daniel Auteuil, le cinéaste roumain Cristian Mungiu (palmé pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours), le réalisateur taïwanais Ang Lee (Life of Pi) et les réalisatrices Lynne Ramsey (Grand-Bretagne) et Naomie Kawase (Japon). Avec quatre femmes dans le jury (dont deux réalisatrices), l’absence de personnalités hors-normes (à l’image de Mc Solar ou Jean-Paul Gautier), Thierry Frémaux innove. Il semble vouloir se concentrer plus sur le cinéma que sur les paillettes. Voilà déjà une première piste sur la qualité de cette future édition.

Marianne