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Critique : Seven Sisters, de Tommy Wirkola

Dans un monde futuriste surpeuplé, la politique de l’enfant unique rend illégal les naissances multiples. Dans cette tyrannie sociétale, des septuplées vivent en cachette. Pour passer inaperçues, elles se partagent une identité unique en sortant chacune un jour différent de la semaine. Avec ce pitch original et son univers orwellien rappelant autant Soleil Vert que Bienvenue à Gattaca, Seven Sisters a le mérite de se démarquer des productions de SF actuelles. Mais Tommy Wirkola spécialiste des séries B fantastiques (Dead Snow, Hansel et Gretel chasseurs de sorcières) a-t-il les épaules pour tenir sur la longueur ? Pas complètement.

Critique : Enfant 44, de Daniel Espinosa

Enfant 44 où l’ histoire d’un gâchis. Sur le papier, ce projet avait tout pour être une réussite. D’abord, il s’agit d’une adaptation du best-seller du même nom écrit par Tom Rob Smith. Un page turner efficace qui nous plonge dans l’ Union Soviétique des années 50. On y suit le destin de Léo, agent de la police secrète convaincu, qui va peu à peu découvrir les failles du système qu’il défend. L’intrigue qui mélange enquête policière et background politique est solide et riche en rebondissements.

Critique : Quand vient la nuit, de Michaël R. Roskam

Qu’est-ce qui fait un bon polar ? Dennis Lehane connaît parfaitement la réponse à cette question. L’auteur, dont de nombreuses œuvres ont déjà été transposées sur grand écran (Mystic River, Shutter Island…) a décidé d’écrire lui-même le scénario de Quand vient la nuit (plus mauvais titre, tu meurs…). Et il s’est assuré d’avoir une mise en scène adéquate, puisque c’est Michaël R. Roskam (Bullhead) qui tient les manettes de ce long métrage.

Zaz, un univers musical au coeur du polar Dead Man Down

Le polar Dead Man Down, de Niels Arden Oplev, dans lequel Victor (Colin Farrell) et Béatrice (Noomie Rapace) se rencontrent pour assouvir leurs vengeances respectives et tombent amoureux, est éclairé sur la fin par une chanson de la Française Zaz. Son étonnante voix rauque et un peu trash s’accorde parfaitement à l’ambiance du  film. Béatrice venant de l’Hexagone, Eblouie par la nuit souligne dangereusement cette histoire d’amour sombre  et violente.

Eblouie par la nuit est le quatrième single du premier album de la chanteuse tourangelle et a été écrite par le compositeur et interprète Raphaël.

Martin Scorsese avait également été séduit par Zaz puisque c’est elle qu’il avait choisie pour interpréter Coeur volant dans Hugo Cabret.

Éblouie par la nuit à coup de lumière mortelle
à frôler les bagnoles
les yeux comme des têtes d’épingle
j’t’ai attendu 100 ans
dans les rues en noir et blanc
tu es venu en sifflant
Éblouie par la nuit à coup de lumière mortelle
à shooter les canettes,
aussi paumée qu’un navire
si j’en ai perdu la tête,
j’t’ai aimé et même pire
tu es venu en sifflant
Éblouie par la nuit à coup de lumière mortelle
faut-il aimer la vie ou la r’garder juste passer
De nos nuits de fumette,
il ne reste presque rien
que des cendres au matin
Dans ce métro rempli des vertiges de la vie
à la prochaine station petit Européen
Mets ta main descends-la au-dessous de mon coeur
Éblouie par la nuit à coup de lumière mortelle
un dernier tour de piste avec la mort au bout
j’t’ai attendu 100 ans dans les rues en noir et blanc
tu es venu en sifflant

(Auteurs/interprètes : Zaz/Raphaël, tous droits réservés)

La vidéo officielle, narrativement très simple, est comme un micro-univers qui s’insère dans le long métrage et qui renvoie comme une litanie à l’atmosphère du film, qui du coup ne se laisse pas facilement oublier.

 

 

Laurence

Critique : Dead Man Down, de Niels Arden Oplev

Envie d’un polar à l’ancienne ? Avec femme fatale à sauver, bad boy à aimer et malfrat à liquider ? Dead Man Down est le film qu’il vous faut. Cette histoire de vengeance située dans la pègre new-yorkaise emprunte néanmoins des thématiques contemporaines. Les criminels font main basse sur des biens immobiliers, les immigrés meurent dans l’indifférence et les conducteurs alcoolisés  provoquent de graves accidents… Dans ce monde chaotique, Béatrice et Victor vont se rencontrer.

Ces deux-êtres à la dérive, rongés par leurs propres démons, incarnent l’âme de ce long métrage. Piégés dans leur soif respective de vengeance, ils semblent avoir oublié tout sens de la réalité. Les scènes entre les deux personnages résonnent comme des moments suspendus où les regards en disent plus que de longs discours. Noomie Rapace, sensible, (Passion) et Colin Farrell, intense, (7 Psychopathes) composent ce couple bancal avec finesse.

En dehors de cette parenthèse enchantée, le monde extérieur n’est que ténèbres ou presque. Niels Arden Oplev filme un New York volontairement sombre, comme si la lumière n’avait plus droit de cité. Sur la trilogie Millenium, le cinéaste était apparu comme scolaire et un peu trop discipliné. Avec Dead Man Down, il n’hésite pas à sortir du cadre protocolaire. Les scènes d’action flirtent par moments avec du Hitchcock ou de de Palma. Jeu de miroirs, regards croisés, personnages épiés, il place les apparences au centre de son récit et de sa mise en scène.

Un puzzle cinématographique que les plus cyniques d’entre vous auront peut-être du mal à trouver crédible. Mais si comme moi, vous croyez dans le pouvoir de la rédemption, ce film de genre sans prétention réussit l’exploit de vous entraîner dans son sillage, avec un certain talent.

Marianne

Décidément, Colin Farrell n’est jamais aussi bon que dans des « petits » rôles. Après un décevant Total Recall, il retrouve toute la mesure de son talent dans 7 Psychopathes et dans ce Dead Man Down. Si l’on y regarde de près, ce polar est surtout et d’abord une histoire d’amour et de rédemption, interprétations dans lesquels l’Irlandais excelle. Il suffit de se souvenir d’Ondine ou de London Boulevard. Noomi Rapace se révèle une partenaire à la hauteur de sa fragilité vengeresse. Même Isabelle Huppert trouve sa juste place dans cet immeuble glaçant.

Le récit de ces vies explosées par l’égoïsme et la violence est servi par un scénario qui ne tombe jamais dans le sordide ou le larmoyant. Une photographie souvent en clair-obscur accompagne et souligne leurs visages et leurs corps abîmés par la douleur de la perte.

Seul vrai reproche : un certain manque de suspens, même si l’on ne voit pas bien comment les deux amoureux pourraient ne pas être broyés par une adversité trop forte ou comment l’histoire pourrait finir heureusement. L’intrigue est trop prévisible, la tension s’en ressent, et le spectateur ne tremble pas vraiment. Un certain cynisme humoristique bienvenu parvient la plupart du temps à faire oublier ce défaut.

Laurence

Critique : Passion, de Brian De Palma.

Une blonde. Une brune. Avec Passion, Brian De Palma nous offre un duo mythique de cinéma. Des Diaboliques de Henri-Georges Cluzot à Mulholland Drive de David Lynch, en passant par les films d’Hitchcock (qui reste une référence essentielle pour le cinéaste), ces femmes fatales hantent la pellicule depuis des dizaines d’années. Le remake est un  exercice périlleux auquel Brian De Palm s’est déjà livré avec brio (Scarface). Il n’est d’ailleurs pas difficile d’imaginer ce qui a pu le séduire dans Crime d’Amour du regretté Alain Corneau : la présence de ces thèmes fétiches  (voyeurisme, domination, obsession, meurtre sanglant…) qu’il a pu remettre au goût du jour.

Dans Passion, tout commence par un plan séquence des deux jeunes femmes visiblement complices sur un canapé et qui élaborent une campagne publicitaire. L’arrivée d’un homme va venir rompre cette belle harmonie… Séductrices, manipulatrices, perverses, arrivistes… elles se lancent dans un face-à-face ambigu et venimeux. Tout au long du film tourné presque comme un huis clos, dans les décors ternes d’un bureau ou d’un appartement contemporain, la tension s’insinue peu à peu.

Passion vaut surtout pour son ambiance poisseuse et mystérieuse qu’affectionne le réalisateur. Mâtiné de musique classique, jouant sur le contraste entre rêve et réalité, le film prend son envol dans une séquence mythique au milieu du film. Pour conserver un peu de suspense, je ne peux en dévoiler le contenu mais sachez que le réalisateur prouve une fois de plus qu’il est le maître incontesté du split screen.

Le réalisateur vit aussi avec son temps. L’ère du tout numérique lui donne la possibilité d’explorer pleinement  l’alternance des points de vue.  Caméra de surveillance, smartphone, webcam sont les outils indispensables pour les voyeurs du XXIe siècle.

Si du côté de l’image De Palma impressionne toujours, du côté du scénario c’est l’encéphalogramme (presque) plat. Les amateurs de polars auront vite fait de dénouer les secrets de cette énigme à tiroirs. Mais peu importe, car on retiendra longtemps l’image de Noomie Rapace et Rachel McAdams en poupées froides et charnelles.

Marianne