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Critique : Hippocrate, de Thomas Lilti

Le cinéma français commencerait-il à se regarder un peu moins le nombril ? C’est la première réflexion qui nous vient à l’esprit quand on découvre ce film qui manie aussi bien le réalisme social que la fiction bien menée. Thomas Lilti, le réalisateur, aurait-il une arme secrète ?

Critique : Zero Dark Thirty, de Kathryn Bigelow

Après nous avoir fait revivre à sa façon bien à elle les événements du 11 septembre 2001, Kathryn Bigelow nous entraîne dans les bas-fonds des salles de torture américaines et dans le sillage de Maya, une jeune femme de la CIA (Jessica Chastain, Mama), lancée dans la traque d’Oussama ben Laden.

Au fil des interrogatoires par les Américains et des attentats par les Islamistes, on perd le sens du bien et du mal. On ne supporte plus ce que les uns et les autres font, on ne tolère plus ce que les uns font aux autres. Ou l’on s’engourdit, et l’on s’habitue. Et l’on veut juste que le prisonnier avoue enfin. Et lorsque Amnar parle, c’est lavé,  devant un repas oriental,  lors d’une conversation normale.  (A noter qu’Ammar est formidablement interprété par le Français Reda Kateb.). L’extrême simplicité de ce repas, en contraste avec les scènes de tortures la précédant, est terrible.

Après ces aveux, l’enquête foisonnante s’enclenche, parfois difficile à comprendre dans tous ses détails  mais que l’on suit tout de même comme un thriller. Maya s’obstine dans sa quête, et c’est le portrait de cette obsession de femme dans un monde d’hommes que Kathryn Bigelow montre avant tout. Tenant tête à tous, suivant des pistes tenues, se battant pour trouver des crédits pour le matériel et les filatures, elle ne renoncera jamais à traquer son ennemi. Et finalement le débusque.

La longue scène d’attaque de la maison/forteresse pakistanaise où Ben Laden, entouré par sa famille, continuait à diriger Ai-Quaïda, est  filmée de main de maître par Kathryn Bigelow. Elle avait déjà traité les conflits moyen-orientaux dans Démineurs, ces soldats shootés à l’adrénaline, et sait conduire le spectateur jusqu’au bord de la catastrophe.  C’est une scène de nuit : les Américains attaquent avec des appareils de vision nocturne et ressemblent plus à des extra-terrestres qu’à des humains. Le choc entre ces deux adversaires,  entre ces deux civilisations est comme le fracas de deux mondes éloignés par des années-lumière qui s’affrontent. Et qui d’un coup se rapprochent lorsque que l’un des soldats tend un tube phosphorescent en signe d’apaisement à une des enfants.

Du côté de la réalisation, Kathryn Bigelow prend le contre-pied de ce qu’elle proposait dans Démineurs. Ici le sensationnalisme est mis de côté. Pas de surenchère. Juste des scènes qui s’enchaînent de manière précise, presque mécanique, dans l’ordre chronologique. Une précision qui ne nous empêche pas, par  moments, d’être perdu dans le temps et l’espace. Mais ne vous y trompez pas, derrière cette fonctionnalité apparente de la mise en scène, l’œil incisif de la cinéaste est toujours présent. Des plans anodins en apparence cachent en réalité des indices précieux sur la suite des évènements. Et lors de la scène du raid, Bigelow reprend pleinement les rênes alternant caméra aérienne et huis clos oppressant.

Maya pleure à la fin, seule dans un immense avion, auquel elle ne sait indiquer une direction, son ennemi abattu, son objectif atteint, sa vie privée de sens. Comme un symbole de l’Amérique post 2 mai 2011 ?

Laurence (et Marianne)