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Critique : La La Land, de Damien Chazelle

Il y a des films qui sont des évidences. Et il suffit d’une scène à La La Land pour s’annoncer comme une grande oeuvre fiévreuse et enchantée. Sur une autoroute embouteillée de Los Angeles par une chaude journée hivernale, des gens se mettent à danser et à chanter dans des tenues colorées. La séquence semble tout droit sorti d’un film de Jacques Demi. C’est virtuose tout en sentant la sueur et la bonne humeur. Mais c’est surtout une merveilleuse façon d’introduire cette comédie musicale qui fait le lien entre le passé et le présent. 

Critique : The Nice Guys, de Shane Black (Cannes 2016)

Shane Black est un pur produit des années 80/90. Même si le grand public le connaît surtout comme étant le réalisateur de Iron Man 3 , on lui doit les scénarios de plusieurs comédies d’action sorties durant ces deux décennies. Shane Black est l’homme derrière L’Arme Fatale, Last Action Hero et Le Dernier Samaritain avec Bruce Willis. Si son premier long métrage Kiss Kiss Bang Bang (déjà avec Robert Downey Jr) jouait déjà avec cette imagerie d’une autre époque, The Nice Guys est un buddy movie assumé comme on en fait plus. Et franchement, ça fait du bien !

Les meilleurs films de 2013

2014 est là. Mystérieuse, pleine de promesses. Mais avant de se tourner vers demain, comme au début de l’année dernière, un petit bilan annuel s’impose. Sur le papier 2013 était scintillante, remplie de films que Lost in Universes attendait avec impatience. On ne va pas vous mentir, beaucoup n’ont pas été à la hauteur de nos espérances. Tout simplement car si les univers graphiques sont le plus souvent splendides, les scénarios suivent rarement. Trop classique, trop caricatural, avec des personnages qui ont du mal à exister…

Critique : Only God Forgives, de Nicolas Winding Refn

Malgré son pitch mystérieux (une histoire de vengeance dans le milieu des combats de boxe en Thaïlande), Only God Forgives était attendu avec fébrilité par la planète cinéma. Il faut dire que Drive, le précèdent film de Nicolas Winding Refn, avait attiré la lumière sur son auteur et imposé Ryan Gosling comme une figure iconique du 7e art. D’ailleurs pour composer ce nouveau voyage onirique, le cinéaste danois a repris plusieurs des ingrédients de son opus à succès : Ryan Gosling en tête d’affiche, une musique électronique envoûtante et des plans d’une beauté plastique à couper le souffle.

Avec Only God Forgives, Winding Refn va encore plus loin dans son exploration visuelle. Comme à son habitude, il filme une histoire contemporaine en reprenant les codes du western. Mais pas seulement. Jeux de regards, travelling lent dans des couloirs, cadre de porte servant de perspective pour plusieurs plans, lumières fluorescentes… le cinéaste crée un univers étrange, à la frontière entre le rêve et la réalité.

Le quasi-mutisme des personnages renforce le sentiment de mysticisme qui se dégage de cet univers filmique. Les quelques dialogues qui subsistent ont presque tous une fonction métaphorique. Les personnages incarnent plus des symboles que de vrais êtres humains. Ryan Gosling (le fils aîné résigné) se fait gentiment voler la vedette par le flic/justicier au sabre, version asiatique calme du fameux driver. Kristin Scott Thomas campe la mère vénéneuse, à l’origine de tous les péchés, avec une élégance rare.

Mais ce que le cinéaste maîtrise le mieux, c’est sans aucun doute les scènes de torture. Pas dans leur exécution sanguinaire (difficile à regarder par moments), mais dans la manière dont les autres personnages (les innocents) y sont exposés.Yeux fermés ou exorbités, elles mettent les spectateurs en phase avec leur propre morale. Sublime.

Le film fascine autant qu’il étonne. Pourtant la narration souffre d’un manque de lisibilité. Pendant les vingt premières minutes, le spectateur est même laissé seul face à lui-même, en roue libre, en se demandant où cette histoire pourra bien le mener. Une fois les enjeux exposés, l’enchaînement des événements devient plus cohérent, mais la force du propos apparaît comme beaucoup moins percutante que dans Drive ou dans Bronson. Si le souvenir de ces images charismatiques hantera longtemps notre imaginaire, les thématiques principales d’Only God Forgives tomberont plus facilement dans l’oubli. Vous voilà prévenu.

Marianne

Cannes 2013 : Quels films feront l’événement ?

Le Festival de Cannes commence dans trois semaines. Et déjà la planète cinéma est à l’affût de la moindre information sur la teneur de cette prochaine édition. Cette cuvée 2013 relèvera-t-elle le niveau d’une année 2012 jugée un peu pâle ? Premier bilan.

Inside Llewyn Davis, des Frères Coen.

Des habitués et quelques nouveaux  

Sur le papier, la sélection officielle fait bonne impression et promet même quelques surprises. Si beaucoup des habitués sont présents (Paolo Sorrentino, les frères Coen, Takashi Miike, Arnaud Desplechin…), des petits nouveaux auront les honneurs de la compétition officielle pour la première fois comme le cinéaste néerlandais Alex van Warmerdam (surtout connu en France pour Les Habitants), le Fançais Abdellatif Kechiche (L’Esquive) ou encore l’Iranien Asghar Farhadi (Une Séparation). Le Passé est son premier film tourné en France avec pour héroïne Bérénice Béjo, maîtresse de cérémonie l’an dernier. La comédienne Valérie Bruni-Tedeschi montera elle pour la première fois les marches en tant que réalisatrice. Elle sera la seule femme cinéaste en compétition officielle. Un Château en Italie s’inspire en partie de sa vie.


The Immigrant, de James Gray.

James Gray et Nicolas Winding Refn attendus

Personnellement, on espère que 2013 sera enfin l’année de la consécration pour James Gray (The Yard, Two Lovers),  toujours reparti bredouille. Il présentera The Immigrant, une fresque ambitieuse avec Marion Cotillard et son acteur fétiche Joaquim Phoenix. Le cinéaste américain sera doublement présent cette année puisque Blood Ties de Guillaume Canet qu’il a co-écrit avec le Français sera présenté hors-compétition. Le retour de Nicolas Winding Refn avec son Only God Forgive fait déjà couler beaucoup d’encre. Drive présenté en 2011 avait remporté le prix de la mise en scène et avait connu un grand succès critique et public. Les premières images, prometteuses, montrent un Ryan Gosling en mauvais état dans un Bangkok post-moderne.

Behind the Cambrella, de Steven Soderbergh.

Le dernier film de Steven Soderbergh

On notera le retour en sélection officielle de Steven Soderbergh pour ce qui s’annonce être son dernier film, ou plutôt téléfilm. Destiné au départ au grand écran, Behind the Cambrella, Ma vie avec Liberace sera diffusé au final sur la chaîne câblée HBO. Un choix que le cinéaste a dû prendre face aux nombreux refus des studios hollywoodiens de produire ce drame sur la star du piano des années 50 à 70, Libérace. Cette icône gay sera interprétée par Michaël Douglas. Matt Damon incarnera lui son amant.

L’info en plus : Behind the Cambrella ne sera pas le seul film de la compétition à traiter d’homosexualité. La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche est l’adaptation de la BD Le Bleu est une couleur chaude de Julie Maroh sur une passion entre filles. Thierry Frémaux aurait-il un message à faire passer ?

La Vie d’Adèle, d’Abdellatif Kechiche

Un air de polémique

Difficile de pronostiquer à l’avance les scandales cannois, on misera toutefois sur le nouveau François Ozon. Jeune et Jolie raconte le destin d’une jeune fille qui se prostitue pour le plaisir. Le retour de Roman Polanski (qui concourt pour la Pologne) avec La Vénus à la fourrure pourrait aussi faire parler de lui. Dans ce huis-clos, une jeune femme écervelée tente de convaincre un réalisateur qu’elle est la comédienne idéale pour jouer le rôle de l’héroïne du classique de la littérature érotique et masochiste, La Vénus à la fourrure.  

L’info de dernière minute : Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch a été ajouté à la dernière minute en compétition officielle. Si le pitch officiel est vague, ce film de vampires indépendant avec Tilda Swinton, Mia Wasikowska et Tom Hiddleston pourrait créer la surprise.

Only Lovers Left Alive, de Jim jarmusch.

Sur le front des sélections parallèles

Les sélections parallèles ont bien l’intention de faire parler d’elles aussi. D’ailleurs plusieurs longs métrages attendus dans le cadre de la compétition officielle y seront présentés. On pense notamment à Sofia Coppola qui ouvrira Un certain regard avec son ultra glamour The Bling Ring. Le cinéaste iranien Ari Foldman (Valse avec Bachir) aura les honneurs de l’ouverture de la Quinzaine des réalisateurs grâce à Congress. Ce long métrage animé avec Robin Wright est l’adaptation du livre de chevet du cinéaste, Le Congrès de futurologie de Stanislas Lem. Enfin, à la Semaine de la Critique, les séances spéciales ont retenu notre attention. On pourra y découvrir Ain’t Them Bodies Saint de David Lowery. Casey Affleck et Rooney Mara y jouent un couple séparé quand l’homme se retrouve en prison suite à un braquage. Les Rencontres de Minuit, de Yann Gonzalez (connu jusqu’à présent grâce à ses court-métrages à l’univers décalé) sera également présenté. Ce premier long ne devrait pas déroger à la règle.

 

Ain’t Them Bodies Saint, de David Lowery.

Un jury hétéroclite

Du côté du jury, le pape de la pop culture, Steven Spielberg, aura fort à faire pour trouver un consensus face à un jury composé de personnalités aussi différentes que l’actrice indienne Vydia Balan, la star australienne Nicole Kidman, l’acteur autrichien Christoph Waltz (lauréat du prix d’interprétation pour Inglourious Basterds), l’acteur réalisateur français Daniel Auteuil, le cinéaste roumain Cristian Mungiu (palmé pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours), le réalisateur taïwanais Ang Lee (Life of Pi) et les réalisatrices Lynne Ramsey (Grand-Bretagne) et Naomie Kawase (Japon). Avec quatre femmes dans le jury (dont deux réalisatrices), l’absence de personnalités hors-normes (à l’image de Mc Solar ou Jean-Paul Gautier), Thierry Frémaux innove. Il semble vouloir se concentrer plus sur le cinéma que sur les paillettes. Voilà déjà une première piste sur la qualité de cette future édition.

Marianne

Ryan Gosling se pose

Ryan Gosling est décidé à faire un break pour pouvoir prendre du recul après avoir, selon lui, trop tourné. «  Je pense qu’il est bon pour moi de faire une pause et réévaluer les raisons pour lesquelles je fais ce métier et ma façon de le faire. », a-t-il  déclaré. (selon Cinemateaser)

Heureusement après avoir été dans Gangster Squad et et dans The Place Beyond the Pines, le Canadien sera encore à l’affiche de Only God Forgive de Nicolas Winding Refn et d’un prochain Terence Malick (encore sans titre).

Entretemps, il fera son tout premier film de réalisateur, How to Catch a Monster que l’on attend avec une impatience non dissimulée.

Et, avec un peu de chance, peut-être trouvera-t-il même du temps à consacrer à son groupe Dead Man’s Bones qu’il avait fondé avec Zach Shields et dont l’album éponyme était sorti en octobre 2009.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas leur univers, voici une de leurs vidéos. Pour en voir d’autres rendez-vous sur : www.deadmansbones.net

Laurence


Critique : The Place Beyond the Pines, de Derek Cianfrance

Après le mélancolique mais néanmoins sublime Blue Valentine, Derek Cianfrance revient avec un long métrage qui laisse des traces. Dès les premières images, le spectateur est plongé dans l’ambiance irréelle des petites villes de banlieue américaine. Un motard (Ryan Gosling, toujours aussi à l’aise dans le rôle de l’anti-héros moderne) ouvre la bal dans un plan séquence qui le conduit dans une arène cylindrique. Une fois l’agitation redescendue, le film peut vraiment commencer. Ce vagabond à moto, sans but, va découvrir qu’il a un fils. En quelques secondes son destin, et celui de l’ensemble des autres personnages, va basculer.

Le reste du casting est au diapason, sans fausse note. Après Happiness TherapyBradley Cooper continue de prendre des risques avec un rôle puissant mais difficile. Dane DeHann (Chronicle, Des Hommes sans loi, bientôt dans Kill Your Darlings) confirme lui son statut de jeune premier tourmenté. Enfin Eva Mendes, méconnaissable, relève le défi du drame avec grâce.

Derek Cianfrance aime le mélange des genres et les narrations élaborées. Après avoir joué avec les courbes du temps dans Blue Valentine,  il nous propose cette fois plusieurs films en un seul. Dans The Place Behind the Pines, le drame social côtoie le polar contemporain et la chronique adolescente. Bien qu’un peu surpris au départ, le spectateur se laisse doucement convaincre par ces changements de rythme. A l’aide d’une lumière « rétro »,  délavée, le cinéaste insuffle aussi une dose de mystère. Par moments, les fameux pins du titre semblent investis d’une force presque surnaturelle.

Peu à peu, le fil conducteur qu’il met en place nous apparaît clairement : la transmission et ses conséquences intergénérationnelles. Dans cette histoire, la figure paternelle est au centre de toutes choses.  Les femmes, réduites aux rôles de simples spectatrices, assistent impuissantes au cours des évènements. Bref, The Place behind the Pines s’inscrit dans la grande lignée de ces longs métrages américains, symbole d’une époque qui nous échappe déjà.

Marianne

Note d’intention psychanalytique à usage des cinéphiles

« Les pères ont mangé des raisins verts et les fils en ont eu les dents agacées. » Jacques Lacan aimait citer cette parabole pour illustrer la transmission d’inconscient à inconscient. Ce qui s’est noué pour les pères dans le passé rattrapera inéluctablement leurs enfants dans le présent. Le film en est la parfaite illustration et si le sujet n’est pas nouveau, il est ici revu à l’aveuglante lumière de la comète Luke Glanton (Ryan Gosling, Only God Forgives, Gangster Squad) qui transperce le film.

Sans doute ce héros minable de l’Amérique déshéritée aime-t-il les feux du spectacle, mais on ne saura quasi rien de lui si ce n’est qu’il est foudroyé lorsqu’il découvre qu’il est père. Et tout se jouera quand il fera promettre à la mère : «  Ne lui parle pas de moi ». Elle tiendra promesse mais tout secret digne de ce nom persiste à resurgir et les traces d’une comète ne sont pas de ces vestiges qui restent enfouis. Pourtant le spectateur ne découvrira presque rien des liens de Luke à son père. En revanche, le peu qu’il parvient à transmettre à son fils Jason (Dane Dehane) sera déterminant.

Car le destin de Jason sera, au final, plus assumé sinon plus libre que celui d’A. J. (Emory Cohen), ce fils que son père, guidé par la Loi et les remords, n’ose plus regarder dans les yeux… sauf des années plus tard et seulement pour lui donner des ordres. A. J. restera dans l’ombre de son père (Bradley Cooper) comme celui-ci s’était déjà plié aux désirs de son propre père, quand Jason partira sur la moto de Luke avec la route sans fin en héritage.

Laurence