Tag Archives: Sofia Coppola

Critique : Mustang, de Deniz Gamze Ergüven

Comparer des jeunes filles à des cheveux sauvages. L’allusion peu paraître facile. Et pourtant, Deniz Gamze Ergüven évacue les clichés en quelques instants. Mustang est un conte moderne. Il était une fois dans un petit village de la Turquie contemporaine 5 jeunes filles belles comme le jour qui vivaient paisiblement. Elles pensaient que toute leur vie serait comme ce jour de fin d’étude, rempli de jeux et de rires. Mais c’était sans compter sur la grande méchante de l’histoire : la bonne vieille morale traditionnelle.

Critique : The Bling Ring, de Sofia Coppola

Retranscrire l’évanescence adolescente, c’est un sujet que Sofia Coppola connaît bien puisque son premier long métrage, le sublime Virgin Suicide, lui était entièrement consacré. Avec The Bling Ring, la cinéaste signe, en quelque sorte, un retour aux sources. D’autant plus que cette histoire d’adolescents passés maîtres dans le cambriolage des villas de stars hollywoodiennes contient une autre thématique importante de son cinéma : l’ennui.

Un désœuvrement existentiel, propre à cette période de la vie, qui se traduit pour les ados de The Bling Ring par le besoin de posséder des morceaux de leurs icônes et d’accéder à un mode de vie qui les fait rêver. En répétant jusqu’à l’excès les mêmes scènes, alternant les cambriolages et les soirées arrosées, la cinéaste dresse le portrait d’une génération qui fait froid dans le dos. Obsédés par les apparences et inconscients de leur propre superficialité, ils seront eux-mêmes les instruments de leur propre perte.

Pourquoi alors, cet exercice sonne-t-il creux ? En optant pour un style moins contemplatif qu’à l’ordinaire, la cinéaste complexifie son processus narratif. L’histoire prend plus de place. Mais par la même occasion, elle y perd beaucoup en onirisme. Et le message qu’elle tente de faire passer manque lui de consistance. Si la musique Rap correspond bien à l’univers de cette jeunesse, à l’écran elle se fait moins envoûtante que le rock et la pop qui font habituellement partie de la play list de Sophia Coppola.

Ses personnages beaux, manipulateurs et arrogants, se révèlent peu fascinants. Même Emma Watson (Le Monde de Charlie) qui continue son aventure dans le cinéma adulte ne dépassera pas son statut d’enfant gâtée. Sans doute n’y a-t-il pas grand-chose à raconter sur des êtres aussi inconsistants, mais on aurait aimé avoir un peu plus d’empathie pour eux. Sofia Coppola porte un regard plus indulgent sur le seul garçon de la bande, Marc (Israël Bouchard, Claudia Lewis, véritable révélation du long métrage). Narrateur pertinent des événements, il semble être le seul à avoir tiré une leçon de cette histoire.

Pour donner plus de chair à l’ensemble, la cinéaste aurait pu se focaliser sur la manière dont les médias se sont emparés de cette affaire. Ces derniers sont traités de manière trop anecdotique, alors même qu’ils ont leur part de responsabilité dans ces faits réels. Voilà un sujet qui méritait vraiment qu’on s’arrête dessus. Tant pis pour nous !

Marianne

The Bling Ring raconte les aventures d’une communauté de l’anneau (ring) d’un nouveau type, en rien motivée par la liberté mais au contraire par la possession et l’accumulation. Fascinée par les vedettes de Los Angeles, la petite bande shoppe sans scrupules dans leurs faramineux dressing rooms mieux fournis que nombre de boutiques. Si l’adage : « plus on a, moins on est » est vrai, qu’est-ce qu’il reste des personnages que Sofia Coppola met en scène une fois que ces enfants (presque) tous gâtés se retrouvent dépouillés de leurs atours ? Une inconscience abyssale. Seul le désir de paraître et de s’afficher en boîte, devant les journalistes ou sur Facebook semble les animer, avant comme après avoir être pris la main dans le sac à Rolex. Même l’amitié ne les relie pas : seul Mark (Israël Boussard), le plus désargenté du lot, semble éprouver des sentiments forts et sincères. Et c’est aussi le seul qui paraît se rendre compte que jour après jour, cambriolage après cambriolage, ils sont en train de dérober trois millions de dollars en Louboutin, Chanel et autres Hervé Léger. La communauté n’est qu’apparence, tout en bling bling. Les parents eux-mêmes sont creux et comme absents quand ils encouragent leurs filles dans des plans de carrière vaniteux et sans profondeur.

Le film met en évidence que lorsque l’on a tout, ce n’est pas suffisant, ce n’est jamais suffisant. Ce ne le sera jamais. Leur avidité est insatiable. Pourtant, si la petite bande s’était montrée plus maligne, elle aura pu continuer ses prouesses longtemps, les stars possédant tant de choses qu’elles ne semblaient pas toujours s’apercevoir de la disparition de leurs biens. Que Nikkie (Emma Watson) se retrouve en prison aux côtés de Lindsay Lohan qu’elle a dévalisée et qui est elle-même condamnée pour le vol d’un collier ne manque ni de sel, ni de sens.

A vouloir montrer la vacuité de ces adolescents, de leurs modèles et de leurs parents, tous très peu sympathiques, Sofia Coppola a réalisé un film kitsch qui leur ressemblent. Tout en faux-semblants et en paillettes, sans profondeur, The Bling Ring mime son sujet. Selon l’angle sous lequel on le regarde, on le trouvera absolument réussi ou totalement raté. Quoiqu’il en soit, on est loin, très loin, de la vaine élégance surannée de Somewhere où les palaces servaient d’écrins à la grâce d’Elle Faning (Ginger et Rosa).

Laurence

Cannes 2013 : Quels films feront l’événement ?

Le Festival de Cannes commence dans trois semaines. Et déjà la planète cinéma est à l’affût de la moindre information sur la teneur de cette prochaine édition. Cette cuvée 2013 relèvera-t-elle le niveau d’une année 2012 jugée un peu pâle ? Premier bilan.

Inside Llewyn Davis, des Frères Coen.

Des habitués et quelques nouveaux  

Sur le papier, la sélection officielle fait bonne impression et promet même quelques surprises. Si beaucoup des habitués sont présents (Paolo Sorrentino, les frères Coen, Takashi Miike, Arnaud Desplechin…), des petits nouveaux auront les honneurs de la compétition officielle pour la première fois comme le cinéaste néerlandais Alex van Warmerdam (surtout connu en France pour Les Habitants), le Fançais Abdellatif Kechiche (L’Esquive) ou encore l’Iranien Asghar Farhadi (Une Séparation). Le Passé est son premier film tourné en France avec pour héroïne Bérénice Béjo, maîtresse de cérémonie l’an dernier. La comédienne Valérie Bruni-Tedeschi montera elle pour la première fois les marches en tant que réalisatrice. Elle sera la seule femme cinéaste en compétition officielle. Un Château en Italie s’inspire en partie de sa vie.


The Immigrant, de James Gray.

James Gray et Nicolas Winding Refn attendus

Personnellement, on espère que 2013 sera enfin l’année de la consécration pour James Gray (The Yard, Two Lovers),  toujours reparti bredouille. Il présentera The Immigrant, une fresque ambitieuse avec Marion Cotillard et son acteur fétiche Joaquim Phoenix. Le cinéaste américain sera doublement présent cette année puisque Blood Ties de Guillaume Canet qu’il a co-écrit avec le Français sera présenté hors-compétition. Le retour de Nicolas Winding Refn avec son Only God Forgive fait déjà couler beaucoup d’encre. Drive présenté en 2011 avait remporté le prix de la mise en scène et avait connu un grand succès critique et public. Les premières images, prometteuses, montrent un Ryan Gosling en mauvais état dans un Bangkok post-moderne.

Behind the Cambrella, de Steven Soderbergh.

Le dernier film de Steven Soderbergh

On notera le retour en sélection officielle de Steven Soderbergh pour ce qui s’annonce être son dernier film, ou plutôt téléfilm. Destiné au départ au grand écran, Behind the Cambrella, Ma vie avec Liberace sera diffusé au final sur la chaîne câblée HBO. Un choix que le cinéaste a dû prendre face aux nombreux refus des studios hollywoodiens de produire ce drame sur la star du piano des années 50 à 70, Libérace. Cette icône gay sera interprétée par Michaël Douglas. Matt Damon incarnera lui son amant.

L’info en plus : Behind the Cambrella ne sera pas le seul film de la compétition à traiter d’homosexualité. La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche est l’adaptation de la BD Le Bleu est une couleur chaude de Julie Maroh sur une passion entre filles. Thierry Frémaux aurait-il un message à faire passer ?

La Vie d’Adèle, d’Abdellatif Kechiche

Un air de polémique

Difficile de pronostiquer à l’avance les scandales cannois, on misera toutefois sur le nouveau François Ozon. Jeune et Jolie raconte le destin d’une jeune fille qui se prostitue pour le plaisir. Le retour de Roman Polanski (qui concourt pour la Pologne) avec La Vénus à la fourrure pourrait aussi faire parler de lui. Dans ce huis-clos, une jeune femme écervelée tente de convaincre un réalisateur qu’elle est la comédienne idéale pour jouer le rôle de l’héroïne du classique de la littérature érotique et masochiste, La Vénus à la fourrure.  

L’info de dernière minute : Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch a été ajouté à la dernière minute en compétition officielle. Si le pitch officiel est vague, ce film de vampires indépendant avec Tilda Swinton, Mia Wasikowska et Tom Hiddleston pourrait créer la surprise.

Only Lovers Left Alive, de Jim jarmusch.

Sur le front des sélections parallèles

Les sélections parallèles ont bien l’intention de faire parler d’elles aussi. D’ailleurs plusieurs longs métrages attendus dans le cadre de la compétition officielle y seront présentés. On pense notamment à Sofia Coppola qui ouvrira Un certain regard avec son ultra glamour The Bling Ring. Le cinéaste iranien Ari Foldman (Valse avec Bachir) aura les honneurs de l’ouverture de la Quinzaine des réalisateurs grâce à Congress. Ce long métrage animé avec Robin Wright est l’adaptation du livre de chevet du cinéaste, Le Congrès de futurologie de Stanislas Lem. Enfin, à la Semaine de la Critique, les séances spéciales ont retenu notre attention. On pourra y découvrir Ain’t Them Bodies Saint de David Lowery. Casey Affleck et Rooney Mara y jouent un couple séparé quand l’homme se retrouve en prison suite à un braquage. Les Rencontres de Minuit, de Yann Gonzalez (connu jusqu’à présent grâce à ses court-métrages à l’univers décalé) sera également présenté. Ce premier long ne devrait pas déroger à la règle.

 

Ain’t Them Bodies Saint, de David Lowery.

Un jury hétéroclite

Du côté du jury, le pape de la pop culture, Steven Spielberg, aura fort à faire pour trouver un consensus face à un jury composé de personnalités aussi différentes que l’actrice indienne Vydia Balan, la star australienne Nicole Kidman, l’acteur autrichien Christoph Waltz (lauréat du prix d’interprétation pour Inglourious Basterds), l’acteur réalisateur français Daniel Auteuil, le cinéaste roumain Cristian Mungiu (palmé pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours), le réalisateur taïwanais Ang Lee (Life of Pi) et les réalisatrices Lynne Ramsey (Grand-Bretagne) et Naomie Kawase (Japon). Avec quatre femmes dans le jury (dont deux réalisatrices), l’absence de personnalités hors-normes (à l’image de Mc Solar ou Jean-Paul Gautier), Thierry Frémaux innove. Il semble vouloir se concentrer plus sur le cinéma que sur les paillettes. Voilà déjà une première piste sur la qualité de cette future édition.

Marianne

Trailer : The Bling Ring, de Sofia Coppola

Sofia Coppola est dans la place ! Le retour de la fille prodigue qui filme l’ennui comme personne s’annonce prometteur. The Bling Ring s’inspire d’un fait réel qui avait défrayé la chronique à Hollywood. En 2008, une bande d’adolescents ont décidé de tromper leur ennui en dévalisant les villas luxueuses des stars. Parmi les victimes du gang appelé « The Bling Ring », on trouve notamment Paris Hilton, Megan Fox, Orlando Bloom ou encore Lindsay Lohan.

Pour interpréter ces rebelles désoeuvrés, Sofia Coppola a misé sur de jeunes minois peu connus des spectateurs. Hormis la lumineuse Emma Watson qui n’en finit plus de tourner la page Harry Potter, on retrouvera Taissa Farmiga (plus connue pour son rôle de Violet dans la saison 1 de American Horror Story) ou encore Israel Broussard et Claire Pfister.

Ces premières images, rythmées, nous plongent dans une ambiance rock’n roll et glamour. Peu de dialogues à se mettre sous la dent, seulement un montage bruyant qui laisse planer sur le film un certain mystère mâtiné de soufre.

La date de sortie est prévue pour le mois de juin.

Marianne