Critique : The Call, de Brad Anderson

Au départ, une excellente idée : mettre en scène une flic qui travaille au mythique centre de dispacht 911 et répond à un appel qui va changer sa vie. Au final, un film justicier malsain à fuir de toute urgence.

Attention spoilers

Où que l’on soit aux USA, en cas de détresse on doit appeler le Nine One One. Dans The Call, c’est au centre de Los Angeles que Jordan Turner (Halle Berry, Cloud Atlas) va commettre une erreur qui conduit à l’assassinat d’une jeune fille. A partir de là, le film se découpe en quatre parties inégales. Premier temps, le moment où elle devient formatrice pour les jeunes recrues du centre après avoir renoncé à son job par culpabilité. Brad Anderson traite cette partie de façon très didactique, mais néanmoins intéressante.

Deuxième temps, une chasse poursuite plutôt bien construite lorsqu’une autre adolescente (Abigail Breslin, Bienvenue à Zombieland ) est enlevée et parvient à joindre le 911. Pendant l’enquête pour permettre de retrouver la captive et d’identifier le ravisseur, Jordan tisse un lien personnel avec la jeune fille. Filmée de façon très classique, cette partie, sanglante et (très) vaguement tarantinesque est plutôt maligne et demeure crédible, même si l’on se demande pourquoi à aucun moment des officiers du LAPD ne se mêlent de l’enquête.

Troisième partie : Jordan mène sa propre investigation et réussit là où les autres policiers ont échoué. Après un raccourci très réussi qui montre à l’aide d’un album photo comment un enfant peut devenir un tueur redoutable, inévitablement, elle va devoir affronter le serial killer seule. Et là, le film commence à achopper sur un sérieux écueil. Quand le spectateur pénètre avec elle dans l’antre du bourreau, Brad Anderson leur fait contempler la folie dans toute sa cruauté. C’est très crédible, Mikal Eklund (The Day) joue remarquablement le personnage de Michael Foster, mais une complaisance certaine dans le sordide devient vite pénible.

D’autant qu’après coup, cette scène paraît être là uniquement pour justifier le quatrième temps qui termine le film en trois minutes et certainement pas pour comprendre ce délire ou montrer une détresse au milieu de tant de monstruosité. Les deux femmes décident d’exécuter Michael Foster, sans débat ni discussion. Moralité : si une victime a souffert suffisamment, elle peut légitimement condamner à mort son bourreau et le faire périr dans d’égales souffrances. D’ailleurs, la police approuve : le rôle de mentor de Jordan change de cap ! C’est d’autant plus invraisemblable que le tueur a enlevé nombres d’autres victimes, et que personne ne le saura jamais, en particulier les familles des disparues. Rétrospectivement, le raccourci de l’album photos ne devient qu’une condamnation de l’inceste et Jordan n’est plus qu’une justicière flingueuse.

Brad Anderson déçoit alors qu’il avait jusque-là réalisé le sympathique Empire des Ombres et travaillé sur des séries telles qu’Alcatraz, Fringe, Boardwalk Empire… Seule sa collaboration à la série Person of Interest où un justicier intervient, de son propre fait, juste avant que des crimes ne soient commis, pouvait laisser prévoir qu’il réaliserait un tel film.

Laurence

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