The Master, de Paul Thomas Anderson

Après un début très prometteur, très « terrencemalickien », rappelant l’ambiance des premières images de la Ligne rouge (en plus folle), puis l’atmosphère des Moissons du ciel, The Master s’égare dans des méandres sans fin.

Sans fin parce que The Master peine à intéresser. Malgré un scénario puissant, malgré une photographie somptueuse, malgré un Joachim Phoenix impressionnant en puissante bête alcoolique, malgré une Amy Adams impeccable en épouse dominatrice… oui, malgré tout cela le film reste un bel objet froid. Comme des insectes qui se débattent sous un microscope, trop étranges et trop lointains, les protagonistes ne suscitent pas d’empathie. On se dit bien que tour à tour chacun d’eux pourrait être le maître mais ils n’émeuvent pas. On se demande qui croit en quoi, qui manipule qui mais puisque personne n’est sympathique (au sens fort du terme), peu importe. Ce trio fou d’amour, de jalousie, de pouvoir et de conditionnement laisse de marbre.

Et ce d’autant plus que Joaquin Phoenix éclipse Philipp Seymour Hoffman qui peine à être à la hauteur. The Master doit s’effacer et perd son prestige. Dès lors l’histoire de cette secte, appelée le Mouvement, s’affadit car il est difficile de croire que tant de gens aient suivi ce petit homme laid, sans charisme aucun.

Nécessairement l’histoire s’achève, et le film retourne à la scène de départ en un cercle désespérément clos. Cercle vain qui montre que si un homme ne parvient pas à trouver le sens de sa vie ici et maintenant, quelques milliards d’années et des millions d’autres existences ne lui suffiront pas.

Si l’on est un fan absolu de Joaquin Phoenix, cela suffit en soi pour courir voir le film : il est au sommet de son jeu d’acteur. Sinon une amante de sable, une réunion de la secte où les femmes présentes se déshabillent peu à peu au son du piano, une tentative de conditionnement au cours de laquelle les yeux d’Amy Adams changent de couleur, un rêve rouge dans un vieux cinéma et l’explosion de rage en prison (enfin !) justifient The Master.

Laurence

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